AVIS - Comme je suis bien incompétent dans ce domaine, je ne parle pas du cinéma d'idées, seulement d'idées au cinéma. (1)


Je suis tiraillé entre différents sentiments contradictoires.
D'abord, une certaine incompréhension (une incompréhension certaine ?). La "première partie" me semble volontairement être entremêlée et difficilement déchiffrable ; mais j'ai l'impression désagréable que dans la "deuxième partie", l'idée mise en images et en sons (2) passe trop facilement - et que j'ai donc raté l'essentiel.
J'ai une admiration pour le lyrisme du monsieur, la prose révolutionnaire et le vers prolétaire (3) qu'il met en place. Quand il frappe, il touche fort. C'est pour ça que je ne mets pas 1, d'ailleurs ; car j'ai un dégoût révolté pour l'épandage de purin pseudo-révolutionnaire que représente le reste.
Au lieu de montrer l'invisible, comme il l'ordonne implicitement, il met en place une sorte de dialectique confusionniste, entre un idéal révolutionnaire passé et passéiste (tout l'inverse, donc, de ce qu'est la pensée révolutionnaire) et une réalité forcément mauvaise, car elle a tué ce bel idéal. Amen, donc, car Monseigneur Godard a enterré le socialisme, réduit à une matière morte, minérale, pendant le troisième mouvement, après l'avoir rendu vivant, organique, et finalement, victorieux, dans le deuxième.
Le moment où Godard parle du temps est symptomatique de toute la syntaxe révolutionnaire qu'il retourne complètement au service d'une sémantique presque réactionnaire, ou du moins résolument défaitiste. Le temps, cet élément central des théories marxistes qu'il dit supporter, perd toute sa substance déterministe, et n'est plus subit, mais contrôlé.
Enfin, une critique finale, capitale, et un peu méchante. Aujourd'hui, Godard n'a (plus?) rien de l'intellectuel "prolétaire". C'est un intellectuel bourgeois, pour utiliser ses propres mots. Il n'a aucune volonté de faire du socialisme, qu'il affectionne tant qu'il en fait une filmographie, une réalité sociétale. Il est isolé de la classe qu'il dit défendre, et affectionne la place qu'on lui a donné : une sorte de vestige d'une pensée à l'agonie, qui reste à sa place, en diffusant un contenu hermétique, renfermé sur ses propres références, presque comme la fondation d'une pensée nouvelle, ou en tout cas, d'un nouveau sectarisme...



Notes



(1) Hihi...
(2) Et en sons, c'est important de le noter. Des sons en mouvements, en cascade, en écoute dichotique, le tout mêlé à l'image dans une composition que je ne saurais pas commenter de manière pertinente.
(3) On pourrait s'attendre à l'inverse ?


PS - Ami lecteur, amie lectrice, désolé pour cette branlette intellectuelle ; après avoir regardé ce film, j'en avais presque besoin.

Hahmet_Zascello
3
Écrit par

Créée

le 20 janv. 2016

Critique lue 399 fois

Hahmet_Zascello

Écrit par

Critique lue 399 fois

2

D'autres avis sur Film Socialisme

Film Socialisme

Film Socialisme

3

d4rkOblomov

36 critiques

Critique de Film Socialisme par d4rkOblomov

Je crois que même Jean Luc Godard ne comprend pas tout aux films qu'il fait.

le 19 juil. 2010

Film Socialisme

Film Socialisme

8

Nathaniell

40 critiques

No comment

Quelle est cette bulle? Quelle est cette démence? Regarder comme premier Godard le dernier qu'il ait tourné est peut-être stupide. Soit. Mais, que la stupidité rend ce film beau. Un ensemble de...

le 9 nov. 2012

Film Socialisme

Film Socialisme

8

Artobal

88 critiques

Antidote au cinéma

Il y a deux attitudes communes face à Godard : soit celle qui relève de l'"incurie" (au sens "je n’en ai cure"), soit quelque chose comme une fascination un peu hermétique. La plupart du temps la...

le 27 août 2016

Du même critique

Vie de Néron

Vie de Néron

2

Hahmet_Zascello

8 critiques

Le Paris Match de la Rome Antique

On va donner dans le consensuel, pour une première critique : on va taper sur Suétone. Néron est un empereur romain (jusque là, on suit). Il fait partie de la dynastie des julio-claudiens, qui a eu...

le 29 août 2015

Film Socialisme

Film Socialisme

3

Hahmet_Zascello

8 critiques

Film Sectarisme

AVIS - Comme je suis bien incompétent dans ce domaine, je ne parle pas du cinéma d'idées, seulement d'idées au cinéma. (1) Je suis tiraillé entre différents sentiments contradictoires. D'abord, une...

le 20 janv. 2016

PARDON YOUTUBE : comment on a hacké Google et la Commission européenne

PARDON YOUTUBE : comment on a hacké Google et la Commission européenne

6

Hahmet_Zascello

8 critiques

Dépasser le manichéisme

[Cette critique n'est pas un résumé de Pardon Youtube] Pardon Youtube est un documentaire militant, qui cherche à illustrer un point de vue politique : l'opposition au lobbyisme. Docu, fiction, essai...

le 24 janv. 2017