Dans Flandres, Bruno Dumont filme la guerre comme une suite presque logique du quotidien, sans en faire trop.
La première partie prend vraiment son temps : des gestes simples, des silences, des paysages plats. On sentirait presque que quelque chose couve, mais rien n’est appuyé, on découvre simplement les personnages. On ne nous les explique d'ailleurs pas, on les prend comme ils viennent. Ils parlent peu, regardent beaucoup, restent difficiles à cerner.
Puis la guerre (qui, dans l'imagerie, rappelle celles américaines des années 2000) arrive d’un coup, sèche, violente.
Certaines scènes restent en tête, les exécutions, les crimes de guerres, les bombardements soudains, les moments où tout semble se vider de sens.
Ce qui marque, c’est ce vide justement. Pas de grandes émotions, juste des regards un peu perdus, comme si plus rien ne tenait vraiment. Dumont filme très près, presque sans distance, et ça met mal à l’aise. Surtout qu’il filme des personnages très différents face à la guerre : ceux qui prennent les devants, deviennent violents et cruels, et ceux qui sont simplement lâches, qui suivent bêtement.
Plus on avance, plus le film parle de choix qu’on ne comprend pas toujours, de ce qu’on devient sans s’en rendre compte. Et Dumont fait ça très simplement, sans artifices.
Et même après la guerre, rien ne semble vraiment revenir à la normale. Les corps sont là, mais quelque chose a disparu. Ça laisse une impression étrange, un peu froide, difficile à secouer.
Flandres parvient à devenir marquant, il ne cherche pas à expliquer ou rassurer, ni même à faire la morale. Bruno Dumont montre surtout des hommes qui avancent sans trop savoir pourquoi, jusqu’à se perdre eux-mêmes. Un film d'apparence simple, mais qui dit beaucoup sans jamais être bavard.