La première scène surprend. Une chatte et des nichons à l'écran dans un film de Zemeckis ("Retour vers le futur", "Roger Rabbit, "Forrest Gump" et quelques films pour enfants en motion capture), Denzel Washington qui se réveille avec une gueule de bois, s'enfile un fond de whisky, s'allume une clope et prend un rail de coke avant de partir piloter un boeing...
Là, on se dit "Cool, on va enfin voir Zemeckis passer à l'age adulte et montrer sans fard et sans clichés le monde réel."
La demie heure qui suit est brillante. La mise en scène du vol et du crash est vraiment efficace, impressionnante voire même jouissive malgré le danger. Un véritable morceau de bravoure, un moment de cinéma qui marque la rétine.
Seulement, après cette première parti "film catastrophe", la pression retombe un peu. Et l'histoire oscille entre romance un peu superficielle, film de procès et film de prévention contre les addictions.
Heureusement, Denzel Washington est un grand acteur et sa performance reste impressionnante de crédibilité de bout en bout.
Enfin, jusqu'aux 15 dernières minutes. Je m'explique (et je vais donc spoiler un peu pour ça). En effet, c'est défoncé comme un teufeur en fin de rave party que notre héros parvient à faire atterrir son gros coucou en sauvant 96 passagers sur 100.
Un acte héroïque peut-il être commis par un homme qui est autant un danger pour les autres que pour lui-même? C'est la question intéressante que soulève le film. Ce personnage, à la vie personnelle complètement destroy et qui se laisse couler par ses addictions, reste pourtant ultra-sympathique grâce à son humour, son côté cool et rebelle. Il parait surtout nettement moins con que les autres personnages, tous assez sérieux, obsédés par l'idée de sauver leur peau (leur société, leur argent, leur réputation, leur santé et leur place au paradis).
Durant tout le film, Denzel s'enfonce dans sa solitude alcoolique mais garde son recul sur l'absurdité du monde et, même s'il ment à tout le monde sur la gravité de ses addictions, il semble plus sain d'esprit que son entourage, rempli de bénis oui-oui moralisateurs.
Seulement voila, il s'agit d'un film américain. La devise des USA étant "In God we trust", la morale et la foi vont de pair. C'est pourquoi, à l'issue de 2 heures de questions intéressantes et d'une analyse psychologique d'une rare véracité, notre Denzel finit par craquer et accepter d'avouer toute la vérité et de faire pénitence afin de se laver de ses pêchés.
Car, oui, aux Etats-Unis, un homme qui sauve 96 vies n'est pas un héros s'il a bu un coup de trop avant. C'est même un criminel puisqu'il n'a pas été capable de sauver tout le monde.
Et on justifiera tout ça par un acte de Dieu qui a voulu le mettre à l'épreuve et lui permettre de prendre conscience qu'il était en train de se détruire. La prison permettra à notre héros de décrocher complètement de la drogue et de l'alcool, de renouer avec son fils et d'être un homme apaisé. On voit bien que le scénariste a une vision bien naïve de l'univers carcéral.
Bref, une fin qui gâche réellement le propos du film qui, sans ça, aurait été plutôt très bon. Restent quelques scènes brillantes, notamment les 2 ou 3 séquences avec John Goodman en dealer excentrique, aussi phénoménal que dans "The Big Lebowski".