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le 5 avr. 2026
SuivreUn bon goût de chiotte
Vrai petit tour de force que d'aussi bien tenir ce concept improbable minimal sur le format d'un long (OK : 1h10): un looser dont la vie fout le camp se retrouve, suite à une altercation, la tête...
S’il y a des films tièdes qui ne nous laissent aucun souvenir deux heures après que nous soyons sortis de la salle – comme le triste Pressure, excellent exemple cette semaine de « faux cinéma », trop poli pour être honnête, qui n’a rien à dire et en plus le fait mal -, il y a encore, heureusement, des films que l’on vit intensément en hurlant d’horreur et / ou de rire avec tous les autres spectateurs coincés devant l’écran avec nous, et que l’on est pas près d’oublier. Comme Flush, drôle de comédie horrifique trash mais plutôt réussie, qui nous rassure sur le fait que, oui, il y a encore des gens qui ont envie de faire du cinéma.
Flush, c’est un assaut contre le bon goût qui ne dure qu’une heure dix – le nouveau format standard du film comique bizarre établi par Dupieux, peut-être ? -, mais qui fait passer le spectateur par tous les états possibles. Flush, c’est l’histoire d’un quadra minable, accro à la coke et velléitaire (Jonathan Lambert, très bien), qui aimerait retrouver la confiance et l’amour de sa fille dont, ce jour-là, c’est l’anniversaire. Pour cela, il doit convaincre son ex-, qui travaille dans un bar tenu par des voyous, de lui rendre visite avec lui. Mais il commet l’erreur de faire d’abord un détour par les WCs (à la turque) du sous-sol, pour s’offrir un petit rail… Mal lui en prend, car, suite à un enchaînement de circonstances dont il est largement responsable, il se retrouve la tête coincée dans le trou des dits WCs. A partir de là, les pires horreurs vont lui arriver, pour notre plus grande… joie ?
Bourré d’idées, de (très) bonnes comme de mauvaises (très aussi), Flush est une formidable descente vers l’enfer, qui nous fait rire et crier d’horreur, quasiment en même temps. Avec même une pointe occasionnelle d’émotion, car, curieusement, les personnages de cette bouffonnerie cruelle sont finalement « vrais », ridicules et touchants.
Et puis, ce qui est très bien avec Flush, c’est qu’il nous autorise à enfiler les métaphores pertinentes, auxquelles il n’est pas difficile de nous rattacher nous-mêmes : que faire quand on est, littéralement et symboliquement, au fond du trou, pour en sortir ? Une fois qu’on a soi-même détruit toutes ses chances d’atteindre le bonheur, la rédemption ne doit-elle pas exiger tous les sacrifices, même – et surtout – physiques ? Et puis, grand sujet « sociétal » du moment, le corps masculin, une fois évacués tous les fantasmes de virilité, de toute-puissance, de contrôle, a-t-il d’autre salut que l’humiliation (être frappé, sali, meurtri, amputé) ?
Pour les cinéphiles, même s’il n’est pas parfait bien entendu, Flush est une jolie démonstration d’empilement réussi des genres (comédie, thriller, horreur), en même temps qu’une leçon – humble, la leçon, attention ! – sur comment transformer une sale blague, que l’on raconterait en deux minutes, en un film qui se tient pendant soixante-dix. Et sur comment transformer les quelques mètres carrés d’un WC en terrain d’aventure et de suspense.
Ce qui est loin d’être négligeable.
[Critique écrite en 2026]
Créée
le 15 sept. 2026
Critique lue 25 fois
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