Que cette suite fût préméditée ou non, la dilogie du Frère est ce qu'il y a de mieux pour se familiariser avec la transition de l'URSS à la Russie. Et pour ceux que cela n'intéresse pas plus que ça, on peut juste se familiariser un peu plus avec le personnage de Danila, gangster mélomane qui n'a que peu connu son pays avant 1990 et que la vérité tient tant à cœur. Enfin, gangster, c'est vite dit : lui répond qu'il est simplement russe. Mais russe, ça veut dire quoi ?


Justement tout et rien. Ça veut dire que le terme « nègre » n'est pas insultant en russe (ce qui était vraiment le cas à l'époque), ça veut dire comprendre l'ukrainien, leur en vouloir pour Sebastopol, et ça veut dire se jeter corps et âme au cœur du dernier grand choc culturel du monde contemporain, celui qui sépare États-Unis et Russie.


Jusqu'au dernier moment, on peine à croire que Balabanov va vraiment envoyer son casting aux USA, mais il fait mieux encore : il filme Chicago avec un mélange d'incrédulité et de blasement qui confère à son œuvre une aura documentaire en complet décalage avec le film d'action (et parfois de divertissement pur et simple) qui lui sert de matière première. Est-ce de l'humour noir, de l'humour grinçant, du pince-sans-rire ou de la satire ? Une seule chose est sûre : c'est contrôlé, car déjà dans le premier film, ce sentiment existait.


Moins prototypal, plus lumineux, servi par un casting qui a mûri et par une écriture qui a fait le tri dans ce que cela signifie de « devenir russe », Le Frère 2 est meilleur que le 1, et je crois que seul le cinéma russe est capable de donner aux séquels cette acception partagée entre la continuité et l'ouverture. Son début semble même fonctionner en roue libre, comme si l'on dérangeait l'histoire en débarquant en elle et qu'on l'avait suppliée de nous laisser y ajouter des tournants.


Les deux œuvres s'amorcent avec une scène où Danila traverse une scène de tournage. Ce film dans le film à peine survolé, c'est la porte minuscule par laquelle on entre dans un univers méconnu, riche en symboles et très questionnant sur la place laissée au communisme après sa chute silencieuse et partielle.


J'ai vu beaucoup de films historiques russes, mais visionner celui-ci, c'est découvrir une plus grande partie de l'histoire d'un pays qu'avec beaucoup d'autres réunis. Mieux que ça : il nous rend curieux de comment on en est arrivé là.


Quantième Art

EowynCwper
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le 10 oct. 2020

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Eowyn Cwper

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