le 30 mars 2016
Ça va couper, chérie
N'allez pas me traiter de malade mental pour ça, mais je vais vous avouer un truc : je suis un grand fan de la légende de Jack l'éventreur. C'est une légende qui me fascine, certes très glauque mais...
On devrait davantage considérer et aimer ce film. Cette relecture du mythe de Jack l’Éventreur, qui s’inspire du roman graphique du même nom signé Alan Moore et Eddie Campbell, est, en effet, une proposition franchement intéressante avec une enquête originale et un dénouement qui tient en haleine. Mais avant d’être un récit passionnant, le film est d’abord une claque esthétique. Avec une reconstitution aux petits oignons de Whitechapel et des couleurs toujours plus flamboyantes, on a le sentiment de regarder un film de la Hammer au budget impeccablement dopé. Évoquant, par moments, la beauté du Dracula de Francis Ford Coppola, le film des frères Hughes est un véritable régal pour les yeux. D’innombrables plans sont à tomber à la renverse, créant une atmosphère aussi bien romantique que poisseuse qui fait la grande réussite du film. Jamais, le personnage de Jack l’Éventreur n’avait auparavant bénéficié d’un film aussi soigné et d’une proposition scénaristique aussi pertinente renvoyant à un pouvoir qui n’hésite pas à piétiner et à tuer ses habitants les plus pauvres. Difficile de ne pas y voir une parabole des ghettos américains du XXe siècle, sujet privilégié des deux réalisateurs.
Mais avant d’aller plus loin dans une interprétation sociale ou politique du film, le soin apporté à l’ensemble est un pur régal. De son interprétation parfaitement calibrée (Johnny Depp a finalement bien fait de revenir sur son refus premier, lui qui craignait de s’enfermer dans un rôle proche de deux tenus dans Sleepy hollow ou La Neuvième porte) à la musique de Trevor Jones qui se replonge parfois dans ses partitions écrites pour Angel heart en passant par la photographie de Peter Deming qui sortait juste du tournage de Mullholland drive et qui se souvenait de son travail pour Sam Raimi ou Wes Craven, le résultat ne souffre d’aucune fausse note technique. Mélangeant habilement le ton du thriller poisseux à quelques scènes bien sanglantes agrémentées de séquences de visions cauchemardesques, les frères Hughes livrent un film soigné et ambitieux. Un film aux allures de fable fantastique mais qui s’appuie sur de nombreux faits réels en lien avec l’affaire de Jack l’Éventreur. Ces éléments ingénieusement utilisés ne donnent que plus de crédits à la pertinence de cette proposition scénaristique.
Le résultat ne fait pourtant pas l’unanimité. On a ainsi souvent reproché au film son rythme parfois langoureux alors qu’il mêle avec un certain équilibre temps d’enquête et séquences nocturnes qui dépeignent les quartiers pauvres, ceux qui y vivent et celles qui y sont assassinées. Le personnage interprété par Heather Graham est, par ailleurs, jugé trop lisse, tranchant trop brutalement avec ses consœurs prostituées. Elle permet cependant de tirer un pont entre ce monde de la rue, la police et la monarchie qui ne cesse de tirer les ficelles. Enfin, la révélation finale et le dénouement ont pour eux de n’être ni expédiés ni tirés par les cheveux comme cela peut souvent arriver dans ce type de projets. En clair, un très bon film qui mériterait davantage de louanges.
8,5
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Créée
le 9 août 2025
Critique lue 50 fois
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