Il fut un temps où je recherchais les films ou livres antimilitaristes. L'adjectif "antimilitariste" englobant, chez moi, l'armée et la guerre. Pour bien des raisons. C'était vrai quand j'étais adolescent (il y eut "Allons z'enfants"), c'est monté en puissance au moment de mon service militaire bien entendu et ça l'est toujours aujourd'hui même si, maintenant, je vois ça avec un peu plus de philosophie.

Quand "Full Metal Jacket" est sorti en 1987 soit 8 ans après la fin du SN, j'ai reçu le film comme une des plus grosses claques cinématographiques ; le revisionnage, aujourd'hui, n'échappe toujours pas à la règle, je suis toujours aussi scotché devant ce film, limite, mesmérisé.

Deux grandes parties dans ce film correspondant justement à l'armée et à la guerre …

Le sergent Hartman

D'abord une anecdote pour situer mon propos. Le sergent-chef qui commandait la section de combat dans laquelle je faisais laborieusement mes classes, était une grande gueule qui ne parlait jamais mais éructait toujours et était devenu une référence, chez moi, du bidasse borné et vulgaire. Alcoolo, en prime. Mais quand j'ai découvert le sergent Hartman au cinéma, mon sergent-chef n'était vraiment qu'un p….n d'enfant de chœur, ridicule et presque poli. Sergent-chef de pacotille, quoi. Et je me plais à en retrouver certains traits chez ce sergent instructeur des Marines. Ou imaginer ce que ça aurait pu donner, si on lui avait laissé toute liberté pour mater ses bleu-bites. Un point commun avec le film, c'est que c'est avec stupéfaction que j'avais alors constaté que la "méthode Hartman" (ridiculiser voire humilier le maillon faible) fonctionne chez la plupart des appelés (ou des conscrits dans le film) en seulement quelques jours. J'avais compris pourquoi et comment la plupart des poilus des tranchées pouvaient se lancer à l'attaque au coup de sifflet, sans réticence, alors que la mort les attendait presque sûrement …

La guerre

Dans cette deuxième partie, les pioupious bien entraînés sont versés dans divers régiments en ligne au Vietnam.

Alors que le soldat Guignol (ou Joker), qui avait eu maille à partir avec le Sgt Hartman dans la première partie, est versé dans une unité de presse de l'armée américaine pour couvrir la guerre, il est confronté à de profondes contradictions internes qu'on va retrouver sur son casque "born to kill" et le symbole de la paix qu'il arbore sur son treillis. Au grand dam de la hiérarchie militaire. Et quand il participe, en tant que reporter, à certaines opérations sur le terrain, il prend la mesure de la réalité sombre et de l'absurdité de la guerre. Entre les fanfarons, les va-t'en guerre, les fous de la gâchette et la jeune fille Viêt-Cong en train d'agoniser

Spoiler : qu'il devra abattre de sang-froid.

La mise en scène et la distribution

Les cadrages dans la chambrée et des exercices de marche commando sont remarquables donnant une impression de huis-clos de la troupe entrainée par le Sgt Hartman en mettant en perspective le reste de la troupe par rapport aux "victimes".

Surtout, j'aime beaucoup la transition pleine d'une ironie amère entre les deux parties, basée sur une scène semi-comique des deux soldats fraichement arrivés au Vietnam, face à la prostituée vietnamienne qui vante sa marchandise sous la chanson fascinante et rafraichissante (en sortie de première partie …) de Nancy Sinatra : "These boots are made for walking" pour laquelle je ne résiste pas à mettre le lien :

https://www.youtube.com/watch?v=7Jil8R1WD

Côté distribution, je ne connais guère les acteurs.

Le sergent Hartman est interprété par Ronald Lee Ermey, lui-même ancien sergent instructeur, qui avait donc la matière. Absolument fascinant, quand on n'est que spectateur. Terrifiant sinon.

Vincent d'Onofrio est celui qui interprète le rôle, pas évident du tout, de "Grosse Baleine" (Gomer Pyle) : impressionnant et inoubliable …

Et c'est Matthew Modine qui joue le rôle de Guignol (Joker)

Et pour finir, dans la sinistre beauté d'une ville détruite et en flammes, les soldats chantent une rengaine "Mickey Mouse Club" en guise de chanson de marche, leur fier devoir bien accompli … avant que Kubrick achève le film sur un "Paint it black" de circonstance, des Rolling Stones.

Dernier point : il semblerait que Trump cite souvent ce film comme l'image de ce que doit être l'armée américaine, celle de MAGA : ça laisse rêveur …


JeanG55
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le 21 nov. 2025

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