La question du traitement des indiens a toujours été nodale à Hollywood.
Depuis Stagecoach où un bout d’Amérique est empêché par une horde d’indiens sauvages ralentissant la conquête et le progrès, jusqu’à Little Big Man fable humaniste qui nous a tous donné envie de devenir Cheyenne, le statut de l’indien dans le cinéma américain est un questionnement (et un positionnement) qui n'est jamais vraiment neutre.


Une part d’explication est surement liée au crime originel que constitue le génocide de populations indiennes sur cette terre faussement virginale.
« Il y a un mythe de l'Ouest pour les Américains, c'est le paradis perdu, pour les Indiens c'est le génocide ». Voilà ce que déclarait Abraham Polonski, cinéaste, scénariste, mise à l’index d’Hollywood pendant 20 ans pour cause de liste noire.


Voir Aldrich traiter cette question délicate comportait forcément une part d’excitation tant le bonhomme a su faire preuve de radicalité dans sa manière de dépeindre la nature humaine.
La morale chez Aldrich ?
C’est pour ceux qui ont du temps à consacrer aux bons sentiments. Les autres sont déjà suffisamment occupés !
Cela donne toujours lieu à pléiade de personnages haut en couleur.
Ulzana’s Raid ne fait pas exception à la règle.


Ici, deux camps s’opposent.
Les vils indiens sauvages, barbares et meurtriers.
Contre de lamentables petits blancs lâches, sournois et prétentieux.
Entre les deux camps, il n’est donc pas nul besoin de choisir. Personne n’est à sauver, tous à mettre au bûcher !
Y compris Burt Lancaster, héros de ce western désabusé. Il y campe un vieux briscard, pisteur de son état et à l’aube de la retraite. On comprend au fur et à mesure de l’intrigue qu’il fût un temps très lié à la communauté des apaches, épousant même l’une d’entre eux. Avant que cela ne dégénère (pour une raison inconnue) et qu’il ne devienne plus qu’une sorte de raciste bougon et toujours mal luné.
Il sera, avec son fidèle second (un apache), la clé de voûte de la traque aux indiens. Sans lui, les blancs dirigés par l’incompétent et tout jeune lieutenant DeBuin n’auraient pas fait 100 mètres.
On regarde alors ce duel durant lequel chaque groupe redouble d’ingéniosité pour éradiquer l’autre.
Voilà, ce que les hommes savent faire de mieux. Se battre. Et se battre jusqu’à la mort.


Les indiens cherchent à se libérer d’un carcan dont ils ne veulent déjà plus.
Les blancs visent eux à garder le contrôle sur une population indigène qu’ils ont décidé de parquer dans des réserves isolées.


Si les indiens sont dépeints comme sanguinaire, violents, violeurs, enclins aux actes de tortures et de barbaries, les blancs ne sont pas épargnés. Loin de là !
Leur soif de victoire les pousser ainsi vers les pires retranchements. Ils n’hésitent pas, par exemple, à mettre en danger la vie d’une pauvre femme violée afin de l’utiliser comme appât pour attirer les indiens dans un piège.
Les membres constituant ce peloton de tuniques bleues sont tous plus racistes les uns que les autres et ne considèrent évidemment pas les indiens comme appartenant à la communauté des hommes.
Le lieutenant DeBuin, chrétien pratiquant de son état, deviendra au fur et à mesure du récit, plus barbare que les barbares, souhaitant massacrer les uns après les après, l’ensemble des guerriers apaches « en cavale ».


Ici pas de complaisance. Ni pour les uns, ni pour les autres ! C’est signé Aldrich.


Notons la date de sortie de Ulzana’s Raid. 1972.
Soit deux ans après le Little Big Man d’Arthur Penn ou le Soldier Blue de Ralph Nelson et la même année que la sortie de Jeremiah Johnson de Sydney Pollack.
Autant dire (une fois n’est pas coutume) qu’Aldrich nage ici totalement à contre courant d’une industrie hollywoodienne qui, au cœur des années 70, à décider de réhabiliter nos amis indiens en leur faisant la part belle.
Il déclenchera d'ailleurs de vives polémiques avec ce film.
Mais lui se fiche bien de toutes ces conventions et décrit, comme à son habitude, une humanité de plus en plus proche du chaos.

evguénie
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le 16 sept. 2018

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