Tourné juste après le succès de Carrie, Furie ressemble à s'y méprendre à un film de commande. La reprise du thème de la télékinésie laisse en effet entendre que le réalisateur surfe sur un sujet qu'il maîtrise. Étonnamment pourtant, ce n'est pas le cas. Brian De Palma, qui avait d'autres envies, a choisi lui-même ce script, sans doute moins pour la télékinésie que pour ce qu'elle lui permet d'explorer. Le thème semble ainsi servir de prétexte pour s'intéresser au traitement réservé à des personnes dotées d'un don et à la façon dont celui-ci peut les conduire à perdre la raison. Soyons honnête, le résultat n'est pas totalement convaincant et le titre ne figure pas parmi les plus grandes réussites d'un réalisateur pourtant alors au sommet de son art. La conduite du récit, qui hésite constamment entre thriller et fantastique, révèle un scénario pas toujours équilibré, même si le rythme reste soutenu.
Plus ennuyeux, la réalisation elle-même apparaît parfois inégale. On sent que la matière première n'est pas toujours entièrement maîtrisée et que Brian De Palma peine, par moments, à imposer pleinement sa vision. Bien entendu, on retrouve certains plans totalement baroques, avec des angles d'une folle ingéniosité, qui rappellent immédiatement la patte du réalisateur. À côté de ces fulgurances, certaines idées paraissent en revanche maladroites, voire très datées aujourd'hui. Les visions du personnage principal, notamment, si elles ne recherchent pas le réalisme, auraient mérité davantage d'ambition. À l'inverse, la scène de l'évasion au ralenti, qui rappelle les grands morceaux de bravoure de Phantom of the Paradise ou de Carrie, se veut virtuose mais s'apparente davantage à un exercice de style qu'à un véritable temps fort dramatique.
Le résultat n'a cependant rien de déshonorant, bien loin de là. Brian De Palma a le sens du thriller et son film sait embarquer le spectateur. De façon assez ironique, il réunit une vedette du vieil Hollywood, Kirk Douglas, et l'une des grandes figures du cinéma indépendant américain, John Cassavetes. Ce casting à contre-courant participe à l'étrangeté du résultat. La partition de John Williams, étonnamment sobre, et la présence d'Amy Irving, alors épouse de Steven Spielberg, rappellent enfin que Furie s'inscrit pleinement dans le Nouvel Hollywood. Un film de transition, donc, tout en paradoxes, moins abouti que les autres réalisations de cette période, mais qui ne manque pas d'attiser la curiosité.