Dans la lignée des grandes sagas américaines produites par Hollywood, "Géant" n'a aucun mal à s'imposer. Surtout connue pour être la dernière apparition de James Dean sur grand écran (il mourut peu de temps après le tournage), cette fresque familiale se déroulant au Texas avec en toile de fond la richesse, le pétrole, le choc des générations, l'ambition, le racisme et la rivalité vaut largement le détour et pas seulement pour la prestation hallucinante de James Dean en Jett Rink, modeste employé devenu magnat du pétrole qui finit seul, l'esprit embrumé par l'alcool. S'étalant plusieurs dizaines d'années (permettant aux acteurs d'exploiter une large palette de jeu en témoigne un Dean plus saisissant que jamais en homme vieillissant qu'il ne sera jamais devenu), "Géant" manie l'ellipse à tour de bras pour mieux nous immerger au sein de la famille Benedict dont le patriarche est un homme attaché aux valeurs familiales et à l'importance de son ranch. Son mariage avec Leslie, une femme aux idées plus ouverte, changera certainement sa vie et son rapport avec ses enfants et les générations à venir. Grande fresque familiale, "Géant" conte aussi l'histoire de l'Amérique, de ses générations qui s'affrontent sur différentes valeurs et sur l'espoir qu'il y a, un jour, que le bonheur soit possible pour les générations à venir malgré leurs différences de valeur et de couleur (en témoigne le très beau plan de fin). C'est une œuvre forte, pas toujours subtile mais dont l'ampleur romanesque n'a rien perdu de sa force. Brassant une multitude de thèmes et filmé avec talent par un George Stevens décidément inspiré, "Géant" est porté par un casting superbe (car s'il serait injuste d'enlever quoi que ce soit au talent de James Dean, c'est avant tout Rock Hudson et Elizabeth Taylor qui portent le film) et s'avère être aussi grandiose qu'on le dit, effectuant le joli portrait d'une Amérique en mutation.