Danse avec les spectres : quand le pénitencier fait sa crise de foi

Si le cinéma de genre indonésien nous a habitués depuis une décennie à des décharges d'adrénaline brutes, Joko Anwar continue d'orchestrer son propre jeu de quilles théorique et sanglant. Avec Ghost in the Cell, le cinéaste transforme le pénitencier de haute sécurité de Labuan Angsana en un vaste théâtre de guignol macabre où la lutte des classes se règle à coups de hache et de prières collectives.


Un High-Concept sous tension zen

Le point de départ tient du pur délire de série B décomplexée : une entité vengeresse issue des forêts saccagées de Bornéo s'invite dans un milieu carcéral gangrené par la corruption. Sa règle du jeu ? Elle n'assassine que les individus trahi par une aura rouge sang, symbole de rage, de ressentiment ou de vice. Pour les détenus comme pour les gardiens, le constat est immédiat : pour ne pas finir éventré, il faut rester zen.


C’est là que le film trouve son régime de croisière le plus réjouissant. Voir des brutes de la pègre locale abandonner un surin pour partager un tapis de prière, improviser un cours d'aquarelle ou se lancer dans une chorégraphie grotesque en plein affrontement relève d'un comique absurde particulièrement savoureux. Anwar ne fléchit pas non plus sur le versant horrifique : les exécutions, d'une générosité gore réjouissante, transforment les cadavres en véritables scénographies macabres, revisitant avec malice l'imagerie des sept péchés capitaux.


La satire au scalpel, le rythme en dent de scie

Derrière la farce sanglante, le sous-texte politique ne fait aucun détour. La prison est le miroir grossissant d'une société indonésienne étouffée par la corruption institutionnelle et l’impunité des puissants — incarnés par ce politicien VIP vautré dans sa cellule de luxe avec climatiseur et sofa. Le spectre n'est pas le véritable monstre de l'histoire ; il est le seul élément de vérité dans un système profondément pourri.


C'est toutefois dans son dernier tiers que le mécanisme s'enraye légèrement. À force de vouloir verrouiller sa démonstration, le film délaisse la suggestion pour un discours parfois trop explicite et didactique. Le scénario accélère subitement le pas dans un climax résolu de manière un peu précipitée, tandis que certains personnages secondaires basculent dans le pur ressort comique, désamorçant au passage la tension dramatique qu'Anwar s'était appliqué à bâtir.


Verdict

En dépit d'un scénario qui manque parfois de subtilité et d'un final bousculé, Ghost in the Cell reste une proposition généreuse, hautement divertissante et portée par une vraie foi de cinéma. Un grand huit carcéral, bancal par moments, mais diablement rafraîchissant.

Senscritophiliste
6

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Créée

le 28 août 2026

Critique lue 67 fois

Ghost in the Cell

Ghost in the Cell

6

LittleSparrow

il y a 5 jours

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Grossis le trait

De Joko Anwar je n'avais jusqu'ici vu que "Satan's Slave" et "Impetigo", cette fois il y a un mélange de comédie et de gore qui aurait pu être plus subtil mais qui se laisse tout de même regarder...

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