Ghost in the Shell
7.7
Ghost in the Shell

Long-métrage d'animation de Mamoru Oshii (1995)

J’avais déjà vu Ghost in the Shell par deux fois. Deux séances qui m’avaient marqué, mais dont lesquelles je ressortais hébété par mon incompréhension, tant de la symbolique que des enjeux diégétiques. Et pourtant, le ressenti était excellent.


J’ai cette fois eu l’occasion de découvrir le film en salle suite à sa restauration 4K. Joie. Car en plus, j’ai cette fois bien mieux saisi ce qui fait la richesse de l'œuvre de Oshii. Et quand bien même on ouvre par une exposition très rapide des enjeux et de l’univers qui demande de ne pas cligner des yeux sous peine de perdre le fil, c’est au final très secondaire par rapport aux intentions de traitement des idées centrales du récit, par ailleurs rappelée par la suite par les éléments contextuels.


Dès le générique retraçant la naissance/fabrication du personnage, on résume déjà toute la thématique du métrage en imbriquant l’organique dans l’artificiel.

La précision du trait vient sublimer la plastique parfaite de Makoto tout en la rendant terriblement froide, glaçante, ne serait-ce que par l’absence de son regard. Perdue entre deux mondes, Kusanagi est victime du jeu des miroirs et des réflexions qui creusent la dualité Ghost/Shell qui l’habite. Elle est un modèle de série, et ses pensées ne sont ainsi probablement pas siennes. Son existence semble ici conditionnée par les principes de Descartes, c’est du moins ainsi que The Puppet Master envisage les choses, donnant un sens à sa création comme à celle du Major. Le symbolisme religieux qui charge l’imagerie du film est alors transcendée par l’effacement de cette spiritualité basée sur la foi au profit d’une basée sur la rationalité et la rigueur.


Et il y a ces respirations musicales (partitions hypnotiques de Kenji Kawai) et picturales qui viennent immerger le spectateur dans ce futur cyberpunk dystopique où règnent la grisaille et la pluie, les déchets et l’amoncellement humain comme tant de mannequins désincarnés peuplant les rues de la mégalopole. Elles sont deux (trois avec le générique d’intro), et elles rythment la narration tout en définissant l’atmosphère du métrage.


Une atmosphère envoûtante, suintant le désespoir, et qui ne laisse définitivement pas intact lorsqu’elle est conjuguée à la mélancolie thématique. Même pour un troisième visionnage.

Frakkazak

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