30 ans après l'avoir vu pour la première fois en salle (dans un petit cinéma de quartier arty de ma ville natale), j'ai revu Ghost in the Shell sur grand écran. Au fil des années, je l'ai revu plusieurs fois, et à chaque fois, le constat est le même : quelle superbe claque.
Encore aujourd'hui, c'est ce qui se fait de plus beau en animation japonaise. C'était peu avant l'irruption de la 3D dégueulasse et des VFX cache-misère sur des animations foireuses. C'était avant que Dragon Ball Super me montre à quel point la dégringolade était violente, bien avant l'adaptation américaine inutile avec Scarlett Johansson, et avant SAC_2045 et ses persos en plastique sortis d'une cutscene de PS2.
Ghost in the Shell mélange une belle animation manuelle à l'ancienne à de superbes arrière-plans peints, pour composer un nombre hallucinant de plans inoubliables. Une séquence magnifique après l'autre, sublimée par la bande son de Kenji Kawai et ses chants japano-bulgares, on s'immerge corps et ghost dans une mégapole futuriste toute en démesure, à la fois belle, froide, envoûtante et repoussante.
Ghost in the Shell est l'une des pierres angulaires du Cyberpunk, qui emprunte à Blade Runner et Gibson et compose sa propre vision d'un futur dystopique où la frontière entre humains et machines est de plus en plus ténue, et brouille les repères des plus 'augmentés' qui sentent leur humanité leur échapper.
Ghost in the Shell est très court mais il a envie de dire beaucoup de choses, et le fait avec une certaine maladresse : ses diatribes philosophiques nous sont parfois assenées comme une conférence, avec un naturel discutable, et ses personnages ont des conversations un peu forcées pour nous aider à comprendre l'univers et les enjeux de l'intrigue.
L'histoire est très simple, mais racontée de manière si alambiquée, rapide et lacunaire, qu'il est très difficile d'en comprendre les tenants et aboutissants au premier visionnage. Même après l'avoir vu plusieurs fois, j'ai dû turbiner pour recoller les morceaux et reconstituer la trame des magouilles politiques.
Il en faudrait beaucoup plus pour que je boude mon plaisir : l'univers est toujours aussi attrayant, les personnages sont badass au possible, les thèmes sont universels et m'ont hanté bien après le premier visionnage. Le film alterne des moments suspendus et contemplatifs, et des scènes d'action phénoménales, chorégraphiées à la perfection.
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Ce premier Ghost in the Shell peut aussi être la porte d'entrée à son univers étendu. Si vous avez aimé le film, je vous conseille :
■ Le manga, très différent, moins froid, moins abscons, plus léger.
■ Ghost in the Shell 2: Innocence (2004)
Le second film du même auteur, bien plus philosophiquement et bibliquement perché, mais toujours magnifique.
■ Ghost in the Shell: Stand Alone Complex (2006)
Deux excellentes saisons : Stand Alone Complex et Stand Alone Complex 2nd GIG
Comparée au film, la série est beaucoup moins philosophique et bien plus accessible. C'est du polar corpo-espionnage à base de robots et d'IA, porté encore une fois par une bande-son fantastique.
Ainsi que deux films :
• Ghost in the Shell: Stand Alone Complex - The Laughing Man (2005) (version résumée de la saison 1)
• Ghost in the Shell: Solid State Society (2006) (suite de la saison 2)
Vous verrez parfois SAC_2045 considéré comme Stand Alone Complex saison 3, mais c'est un projet totalement différent, produit par Netflix. Je ne l'ai pas vu, car la direction artistique me parait absolument repoussante.