Critique de Gladiator (version longue) – Ridley Scott (2000)
« Si vous vous retrouvez tout seul chevauchant dans de vert pâturages avec le soleil sur le visage, n’en soyez pas troublé, car vous êtes aux Champs Elyseums, et vous êtes déjà mort ! »
Les mots de Russell Crowe (alias Maximus) résonnent dans la tête de chaque spectateur jusqu’à la fin du film. Cette phrase est lancée dès les premières minutes, avant la dernière bataille dirigée par le Général Maximus pour l’empire romain de Marc Aurèle.
Le britannique et cadet des frères Scott se laisse avec ce 11e long-métrage, le plaisir de dévoiler l’intégralité de sa palette de réalisateur. La première scène d’une sérénité et d’une beauté remarquable ferait croire à un calme plat alors que l’on se trouve en plein milieu du bataillon préparant l’assaut final. L’écriture du scénario offre un partage équitable entre les moments d’intimité ou d’émotions et les scènes d’actions comme les combats dans l’arène.
Récompensé pour la photographie dirigée par John Mathieson, le film captive les yeux du spectateur dans des jeux de lumières astucieux dont ce bleu toujours mis en complémentarité avec des teintes orangées, qu’elles soient sable, or ou bronze. On en viendra à regretter qu’il ne dure que 2h30 tant on n’est émerveillé.
Et comment parler de ce chef-d’œuvre sans parler de ses deux protagonistes Maximus et Commode. Le premier cité, aurait sans doute selon la logique les qualités de l’homme parfait de cette époque. Cet excellent stratège militaire aux talents de combattant indiscutable, reste surtout un père et un mari aimant, qui impose essentiellement par un charisme tout en modestie et plein d’humilité. Commode incarné par Joaquin Phoenix à l’inverse, auteur du régicide sur le défunt Marc Aurèle qu’il assassine dès le début, sublime dans son rôle par sa cupidité et son ambition de pouvoir. Si bien que presque 20 ans après il reste un des « méchants » les plus reconnu du cinéma.
Les historiens puristes de films tiré de faits réels crieront peut-être au scandale accusant les libertés scénaristiques. Mais en opposition, les cinéastes en feront une référence dans de nombreux domaines. Le cinéma, à l’inverse des livres d’histoire, c’est aussi la liberté de façonner selon sa vision les évènements dépeint.
Avec Gladiator, le Réalisateur natif de South Shield (Angleterre) prend le pari de renouveler le Péplum, un genre cinématographique qui a connu la gloire 40 ans auparavant et le réussi haut la main ! 5 Oscars (dont Meilleur Film et Meilleur Acteur) sur 11 nominations amplement mérités.
Nominé entre autre pour sa musique, et qu’est-ce que le cinéma sans la musique ? L’œuvre est sublimé par une bande originale composé par « l’illustre » Hans Zimmer à laquelle s’ajoute la voix de Lisa Gerrard. Le génie du compositeur fera qu’à chaque écoute postérieure au visionnage, les émotions de cette scène finale ou s’effondre le héros sous une pluie de pétale de rose dans un colisée plein mais sans voix, les émotions ressortiront indéniablement. Et en effet, en s’effondrant Russell Crowe se retrouve dans de vert pâturages, le soleil sur le visage avec un petit sourire qui nous fera penser aux mots de Marc Aurèle : « La mort nous sourit à tous. Tout ce qu'on peut faire, c'est sourire à la mort. »