Le péplum était un genre quasi-disparu depuis belle lurette. La science-fiction et l'action l'ont rapidement supplanté au cours des années 80, et les années 90 n'ont pas été plus clémente à son égard. Qui aurait bien pu se douter qu'il renaîtrait au tout début du deuxième millénaire?
La résurrection est d'ailleurs le thème principal de Gladiator, qui nous replonge dans les batailles romaines, froides et barbares, aussi bien que dans le sable chaud et ensanglanté de l'arène.
La renaissance est ici multiple: car au travers du personnage de Maximus, général déchu qui renaît dans l'arène, c'est aussi un cinéaste qui retrouve vie. Ridley Scott, qu'on croyait persona non grata depuis les échecs de Lames de Fond et À armes égales, dépoussière le péplum avec un panache inouïe. Sa réalisation atteint des sommets de virtuosité : les scènes de batailles démentielles, tout comme les scènes intimistes chargées d'une émotion incroyable. Et quel bonheur d'assister aux mises sur orbite de Russell Crowe et Joaquin Phoenix.
Le premier, d'un charisme dévastateur, porte tout le film avec une facilité déconcertante. Et le second compose un antagoniste aussi malsain qu'humain. Et que dire de cette pléthore de seconds rôles, tout aussi grandioses (Connie Nelsen, Oliver Reed, Richard Harris, Derek Jacobi et tant d'autres)? Et de cette pépite de bande originale, composée par Hans Zimmer et Lisa Gerrard, qui s'impose comme l'une des plus belles musiques de films depuis très longtemps.
Bien sûr, la véracité historique n'est pas forcément de mise malgré un travail de reconstitution mémorable. Mais ce serait oublier qu'on est ici dans le domaine du cinéma, de la création, de la métaphore. Et ça, Ridley Scott l'a parfaitement compris. Et il emballe avec Gladiator l'un des péplums les plus impressionnants, n'ayant en rien à rougir de la comparaison avec ses illustres modèles (Ben Hur, Spartacus).