Ridley Scott, s'il ne saurait être qualifié "d'auteur" au sens français du terme, s'est révélé depuis ses débuts fracassants à la fin des années 70 un réalisateur aussi passionnant par sa vision d'un spectacle populaire ambitieux que sa technique redoutable, et on peut parier désormais que ce magnifique "Gladiator" restera l'un des sommets de sa longue filmographie. Ici, mis à part un contexte historique farfelu, traité avec l'habituelle nonchalance hollywoodienne, tout frôle la perfection : scénario riche et pourtant implacable comme une tragédie classique, personnages complexes loin du schématisme habituel des superproductions (la palme revenant, malgré le charisme XXL de Russell Crowe, à un Joaquin Phoenix troublé et troublant), décors somptueux (quelques excès digitaux ça et là seront pardonnés) et surtout mise en scène qui frôle la perfection dans le genre, à la fois puissante, moderne et lisible. Oui, décidément, "Gladiator" restera le mètre-étalon du péplum, qu'il aura réussi à élever un bref instant au dessus des caricatures habituelles du genre. [Critique écrite en 2011]