Après Monsters, on était en droit d’attendre de Gareth Edwards un reboot d’une envergure titanesque, mais empreint d’une certaine forme de poésie. C’est exactement ce qu’on ressent après le visionnage de Godzilla : un blockbuster taillé pour tout faire péter, sans oublier d’avoir une âme. La comparaison avec Pacific Rim s’arrête à la simple catégorisation de film de monstres, pour le reste, on est en face d’une relecture moderne mais au fond extrêmement fidèle des classiques des films de kaijus.

Le tour de force de ce Godzilla 2014, c’est donc de proposer un tout nouvel univers, de nouvelles ficelles, tout en faisant référence à l’oeuvre de base. Ainsi, l’origine de Godzilla ne s’explique plus par le résultat des expérimentations atomiques de l’Homme, mais par une histoire qui laisse place à l’uchronie, procédé désormais habituel dans les blockbusters modernes. Si le film prend son temps à démarrer, c’est bien pour installer ces nouvelles bases et développer une logique qui lui permet de se démarquer des anciennes versions. Godzilla utilise ainsi la métaphore atomique et la menace nucléaire d’une toute nouvelle façon, comme liant avec le passé.

Malheureusement, les ficelles dramatiques posées au début sont tellement grosses qu’on a du mal à ressentir la moindre empathie pour cette famille au coeur d’un conflit qui les dépasse, dans tous les sens du terme. Bryan Cranston est excellent, mais sous utilisé. Aaron Taylor-Johnson fait le taff, mais ne semble véhiculer aucune émotion. Elizabeth Olsen, même si toujours d’une ravageuse beauté, fait pâle figuration dans un énième rôle cliché d’infirmière au front. C’est d’ailleurs cette tendance au cliché qui plombe le côté humain du film. Le point de vue est pourtant intéressant : se concentrer sur l’Homme face à cette menace indestructible, assister à cet échec permanent contre des monstres qui font d’avantage office de dieux. Mais tous les enjeux, qu’ils soient familiaux ou sentimentaux, peinent à capter l’intérêt, tant ils semblent prétexte.

Malgré quelques lourdeurs dans ce domaine, le film prend son envol avec le traitement du Monstre. Un plaie monumentale qui s’abat sur l’humanité, un thème traité sans cynisme ni second degré. On est en face d’une véritable tragédie et pas juste à une énième profusion de CGI sans saveur. L’empathie, le spectateur l’a d’avantage pour le Monstre, qui en plus d’être ultra imposant, arrive à évoquer une certaine humanité. C’est évident pendant toute l’énorme confrontation de la fin, où le caractère bourrin se mêle habilement à des bulles de respiration bienvenues. Globalement, chaque scène se déroule comme une montée en puissance, pour mieux rendre compte du fléau contre lequel nos pauvres militaires ne peuvent rien. La scène de chute libre, teasée dans un des posters, fera date car en plus d’être ce qui se fait de plus immersif (la 3D aidant), elle nous offre surement un des plus beaux plans de l’année. C’est d’ailleurs ce plan qui distille cette ambiance apocalyptique, où poussière et feu se mélangent dans un déluge de destructions.

Godzilla manque donc d’inspiration dans le traitement de certains personnages, ce qui ne l’empêche pas d’être le blockbuster quasi-intimiste que Gareth Edwards envisageait.
HugoClery
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le 11 mai 2014

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