J'ai souvent entendu parler de Béniguet par mon père, cette île inhabitée de Molène, porteuse d'une aura mystérieuse sans que je sache bien pourquoi. Le film réalisé en 1947 par Yannick Bellon apporte quelques explications : une poignée d'hommes vivaient encore à l'époque sur cette île inhospitalière au point qu'il n'y a pas un arbre, île quasiment incultivable, et pourtant exploitée pour ses ressources, principalement le goémon.
Le film porte un regard ethnographique sur ces hommes, leur travail et leur vie bien rude. Car l'île fut semble-t-il abandonnée quelques années plus tard. La vie des hommes travaillant pour le "patron" y était plus que fruste, même si la patronne les nourrit. On y voit l'importance du charretier, qui transporte le goémon ou les galets sur la grève ou les terres de l'île. On découvre l'existence des pigouillers, travailleurs saisonniers qui restent sur l'île plusieurs mois pour récolter et transformer le goémon en pains de soude avant de le rapporter sur le continent où une usine en extraira l'iode. Des gabares viennent aussi sur l'île récupérer des galets, pour le secteur de la construction.
La dimension ethnographique du film est est fort appréciable même si certaines scènes, assez rares toutefois, sont un peu scénarisées (en tout cas au niveau du récit), et le ton et la musique parfois excessivement dramatisants. A l'issue, on ne comprend toutefois pas bien ce qui pouvait motiver des hommes à vivre là à l'année, sans contact avec la famille, sans ami, sans femme, et un confort bien léger. C'est l'histoire d'une période révolue, celles d'hommes qui n'existent plus vraiment aujourd'hui. Le film, malgré des maladresses, reste un témoignage fort utile de ces temps et de ces hommes disparus.
Le film a obtenu le Grand prix international du meilleur documentaire à la biennale de Venise en 1948.