Grand film! Il n'est pas étonnant que certains repèrent des références au série télés, puisque c'est de ça que Gone girl se nourrit, il y a dans ce film des ficelles narratives qui semblent absurdes, et on est parfois à deux doigts du grotesque. Mais le style de Fincher est ainsi, le rapport qu'il entretient avec ces codes est ici plus subtil qu'une simple ironie (comme celle qu'on pouvait trouver dans son Fight Club), il ne se positionne pas dans la parodie directe, mais toute la force satyrique de Gone Girl provient justement de cette forme à la limite de l'académisme qui plaquée contre ces ficelles scénaristiques énormes aboutit à un étrange objet. Gone Girl n'est ni un film académique ni un film jouant sur un simple détournement cynique de codes formels et scénaristiques. Il y a là une certaine élégance, et une atmosphère corrosive, souvent gênante, drôle, mais pas démonstrative pour un sou, qui amène le film sur un terrain très intéressant, indicible, celui du cinéma pur.
Et c'est ce cinéma à l'état brut qui amène la plus vive des satires sociale, il y a tout: l'horreur du mariage (où Gone Girl prend des airs de Destin de Mr Crump), l'aliénation des conventions, le fait divers que tout un système médiatique élève au rang de roman régional sur lequel plaquer des enjeux sociétaux, l'impuissance du couple...