Fincher a toujours été fasciné par les perversités de l’homme et de la société. "Gone girl" est sûrement son film le plus éloquent et le plus outrancier, incarnation glaçante de la perversion et de la noirceur humaine.
"Gone girl" parcourt différents niveaux de structures et de lectures pour mieux nous perdre dans les méandres de sa narration. Tout en jouant la carte du polar de base, Fincher accompagné de Gillian Flynn, l’auteur du livre dont le film est tiré, entravent notre perception de la réalité et nous troublent par les différentes apparences et suppositions que peuvent avoir les différentes situations. On est toujours dans le flou, on ne sais pas toujours quoi penser et comment réagir, car "Gone girl" à cette faculté déconcertante de semer le doute pour mieux surprendre ensuite. Même si le premier rebondissement me semblait plus une évidence, la suite nous engouffre dans une mise en abîme satirique de la société de consommation où l’exploration des tréfonds de la médiatisation se confond avec la réalité. A partir de là, plus rien ne peut être prémédité, le miroir entre la réalité fantasmée et le réel se brise et le côté outrageusement moqueur du film devient de moins en moins évident. Les enjeux du film se basent sur la fausseté et le mensonge, rappelant à bien des égards qu’il ne s’agit plus de différencier ou de dissocier. Fincher ne juge pas, il place juste les faits en les illustrant à travers ces personnages, à travers leurs propos ce qui les rend difficilement cernables. Passer outre le fait que l’enquête mette pas mal de temps à se mettre en route, la sensation d’enfermement et d’isolement perdure pendant toute la durée du film. La mise en scène froide et léchée de Fincher accompagnée de la bande son de Trent Reznor et Atticus Ross contribue à installer une atmosphère énigmatique et glaciale. Le film jouit d’un dosage de ton particulièrement efficace, tinté d’un humour noir plaisant. "Gone Girl" regorge de scènes hautes en intensité et en suspens. Ben Affleck, qui est un choix plutôt intéressant, est assez bon. Fincher joue du statut de l’acteur aux Etats-Unis pour en dresser une caricature assez représentative de l’idée qu’on se fait de lui. Affleck joue sous différentes facettes, alternant différents rôles aux yeux du public. Son personnage est à lui seul l’incarnation de la star de télé réalité. Rosamund Pike, est quant à elle parfaite dans ce rôle de femme torturé aux allures "hitchcockienne". Neil Patrick Harris sort lui aussi son épingle du jeu en nous offrant un personnage totalement opposé à celui qu’il interprétait dans la série « How I Met Your Mother ». Ce nouveau Fincher est, pour ma part, une réussite en tout point, décortiquant à merveille les manipulations médiatiques et critiquant avec justesse les vices du mariage et de son quotidien. Maîtriser de main de maître, ce "Gone girl" est un magnifique polar satirique teinté d’absurde.