John Travolta, perruqué comme un témoin sous protection, incarne John Gotti dans un biopic qui semble avoir été tourné à la fois trop tôt et trop tard. Le montage, d’une souplesse évoquant un puzzle jeté par la fenêtre, tente d’articuler quarante ans de mafia new-yorkaise sans jamais trouver la moindre colonne vertébrale. Chaque scène semble provenir d’un autre film, parfois d’un autre genre, parfois d’un autre monde.
La mise en scène, d’une sobriété sans intention, filme les couloirs et les salons comme on inspecte une chambre d’hôtel avant de demander à changer. Le scénario, lui, s’applique à ne rien raconter de fâcheux : la criminalité devient une question d’honneur, la prison une villégiature, et le meurtre une affaire de loyauté filiale.
On y croise une bande-son anachronique, oscillant entre Sinatra de supermarché et tubes d’ascenseur, qui tente désespérément de prêter une aura au vide. La performance de Travolta, tout en mâchoires crispées et gestes compassés, confine à l’expérience anthropologique : l’étude d’un acteur cherchant la vérité d’un homme dans un film qui l’a égarée dès le générique.
Gotti aurait pu être un portrait crépusculaire du pouvoir et de la chute ; il n’est qu’un épitaphe confus, gravée sur un marbre de plastique.