Voilà un film intéressant niveau psychopathologie. Vu par une réalisatrice française, c'est bien dans la lignée des films noirs, horreur et épouvante français. Ils sont durs, voire macabres, froidement justes, et un tantinet voyeurs, même si ce n'est que pour pousser les limites un peu plus loin.
Alors si on ressent du dégoût, qu'on flirte un peu avec la nausée, et que la couleur sang nous convie à l'obsessionnel besoin de respirer, cela signifie certainement qu'on est normal en tant que public.
Grave est bon dans le sens où il va crescendo dans la violence psychologique, sans jamais dépasser notre capacité d'acceptation. Il est bien dosé, car au fur et à mesure que nous sommes capables d'en supporter un peu plus, on nous l'amène, gratuitement et sans détour.
Si la déshumanisation des 2 sœurs est palpable vers le milieu du scénario, sa mise en scène est progressive, comme pour nous faire sentir un peu plus notre rebus face à ce qui arrive.
Julia Ducournau nous livre donc une belle nausée émotionnelle asphyxiante, sentie, mesurée et esthétique. A n'en point douter elle sait mesurer ce qu'elle met dans ce film, presqu'à en croire qu'elle aurait un vécu qui l'a amenée à réaliser un tel festin cannibale.
Mais son film ne tombe jamais dans l'inutile, ni le ridicule. Il est machiavéliquement mené.