Le truc du cinéma d'horreur français, c'est que déjà, les excellentes sorties ne sont pas légion, et qu'il y a à mon avis toujours un moment dans les films où ça devient gênant. Du genre assez gênant pour me sortir totalement du film et attirer mon attention sur le jeu médiocre de l'actreur.rice avec cette question lancinante ("qu'est-ce qu'iels a bien pu vouloir donner comme effet avec ce jeu à la con?")?
Bon, il y a des film vraiment oufs (Aja en connait un rayon, même si dans son Haute Tension, j'ai eu cette impression une fois ou deux, il y a aussi le Martyrs de Pascal Laugier dont j'ai d'ailleurs fait une critique, mais aussi le très très bon Frontières, gore à souhaite et angoissant) et des films un peu loupés.
Mais dans un style un peu plus cérébral, et pour le coup, qui ne m'a sorti à aucun moment de l'histoire (sauf une fois, pour chercher les harmonie de sound Track ultra efficace) il y a ce film. Grave.
Une histoire qui n'est pas sans rappeler le Trouble Every Day de Claire Denis, tant par l'ambiance que par l'écho presque psychanalytique des pulsions mises en scènes.
Dans l'ordre, on a une Garance Marillier qui crève l'écran à mon avis (je n'aime pas cette expression galvaudée mais je trouve ça super cool de l'utiliser quand-même des fois, quand c'est approprié). Je trouve ici que c'est vraiment l'expression qui convient. Elle porte très haut l'intention, dans quelques scènes qui ne devaient pas être très facile à intensifier, et avec sobriété. Les autres acteurs.rices servent avec justesse leur propos (pas assez, de mémoire, pour que je m'attarde sur la question, mais ça reste très propre tout du long), mais il me semble que ce qu'est ce film, il le doit surtout à la réalisation/musique.
En somme, un vrai "super" travail de réalisation, intention de réalisation.
Une photo souvent très brute. Des plans qui passent plutôt inaperçus, mais qui servent à mon avis totalement le propos. Ducournau nous raconte une histoire, une histoire pas évidente qui plus est, et n'en fait pas trop pour ça. Elle a la sagesse de laisser sa maitrise cinématographique au service du sujet.
On n'est clairement pas sur un cinéma à la Kounen et c'est très bien (j'adore Kounen, soit dit en passant).
Il y a dans ce type de cinéma français, une horreur un peu typique. Un truc que je trouve aussi singulier que le cinéma coréen. Quelque chose de sobre (je le disais), sans retenu mais pas du tout superfétatoire, qui permet de raconter parfaitement certaines horreurs en leur laissant toute la place.
En cela, on est sur un registre plutôt psychologique (même si encore aujourd'hui, des années après l'avoir vu, j'ai en tête la scène incroyable - l'un des climax horrifique du film - du doigt. Si vous l'avez vu, vous devez savoir de quelle scène je parle. Je dis "incroyable" parce qu'au moment venu je me souviens qu'elle m'a un peu coupé le souffle).
Il y a tout dans ce film. Une lente chute sombre. Une initiation qui accompagne la chute (merci la grande soeur), pour finir magistralement par un plan très sobre (de mémoire c'est vers la fin - avec le papa) qui couronne un peu l'ambiance.
Bref, un film très bien géré de bout en bout. Une histoire vraiment surprenante (je ne vous dis rien parce que je ne m'y attendais pas du tout moi-même), qui ne tombe absolument jamais dans l'attendu ou le cliché et ça, chapeau bas pour la perf.
le tout est servi par un musique que j'ai vraiment kiffé, du genre sobre mais bigrement efficace, un peu comme si Vangelis avait sombré dans un cauchemar et avait décidé d'y rester.
Bref, rien que d'en reparler, ça me donne envie de le revoir.
Oui, encore.