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le 29 mai 2015
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Il est enfin arrivé en blu-ray ! Le dernier film de Michael Mann, papa de Heat, Collateral et Miami Vice (que vous savez à quel point je porte dans mon coeur si vous avez lu mon avis). Un des maîtres du thriller délaissant les gunfights pour s'attaquer au domaine du piratge informatique où la menace est invisible et les bad guys parfois aussi virtuels que leurs menaces. Mais ne vous laissez pas abuser : Michael Mann oblige, il y a de l'action ! De bonnes scènes de combat, brut, sans artifices, où Chris "Thor" Hemsworth use et abuse de sa musculature.
A partir de là, ça va spoiler. Vous voilà prévenus...
Le film s'organise comme une course poursuite à travers le monde (LA, Honk Kong, Jakarta) où nos héros tentent de remonter les indices comme des miettes de pain pour arriver jusqu'au big bad guy. Déjà, cette construction du film nous change de ce à quoi Michael Mann nous a habitué : elle lui permet de poser ses caméras dans plusieurs pays et de les sublimer par des plans léchés comme il sait si bien le faire. On retrouve les plans de Miami Vice mais à travers le monde et il n'y a pas à dire : c'est toujours aussi beau. Une petite obsession pour les ports et les hors bords, que l'on retrouve ici : le port de Honk Kong peut donc être ajouté à son palmarès après celui de Miami. Voilà, donc pour les fans de la caméra de Michael Mann, vous pouvez être rassurés, vous aurez de quoi vous rassasier... Pour les autres... C'est là que le bât blesse.
Le héros déjà. Chris Hemsworth est impec : il joue bien... Mais il campe ici plus un héros de film d'action qu'un hacker crédible. Il est visiblement brillant et quelques problèmes dans sa jeunesse fait qu'il est passé de la case MIT à la case prison où il se serait musclé et compagnie... Mouais, un peu faiblard et franchement, c'est plus jouissif de le voir taper sur un gars que taper sur un clavier. Dommage pour un film qui se veut comme un thriller autour du cyberespace. Je pense que c'est la première grosse faiblesse du film et qui explique pourquoi il n'a pas eu le succès escompté aux US. Cependant, Michael Mann n'a jamais été un réalisateur très bankable.
Seconde grosse faiblesse à laquelle on ne pouvait échapper : la vulgarisation. OK, on parle d'informatique et de réseau donc d'un domaine que la plupart des gens ne connaissent pas mais est-on systématiquement obligé de caricaturer ça via des plans mâchés, vus et revus, où le méchant se contente d'appuyer sur "Enter" et où ensuite on suit le signal représenté comme un flux lumineux passant à travers les ordinateurs et les réseaux sous couvert d'un travelling pompé sur ce que David Fincher nous a fait avec brio dans sa maison de Panic Room. C'est un peu pénible : à croire que la touche "Enter" est source de nombreux dégats et que le travelling est le seul moyen visuel pour que le spectateur lambda comprenne que la touche "Enter" découle sur une conséquence concrète dans notre monde bien réel...
En revanche, outre ces quelques vulgarisations, nous avons le droit à un véritable jargon informatique cohérent : des mots comme "dump" apparaissent dans des phrases d'une manière assez naturelle et ça, ça fait plaisir. Ca va même plus loin que ça et les morceaux de code présentés à l'écran ont l'air tout à fait cohérents. Alors ok, on ne lit pas du code en hexadécimal comme on lit le journal et non, ça ne prend pas 10 minutes d'analyser le dump d'une centrale nucléaire (le dump est l'image mémoire qu'un serveur fait lorsqu'il crash, recensant l'état dans lequel était le système au moment du crash : état de la mémoire, état des connexions entrantes et sortantes, état du CPU, etc...). Mais nous n'allons pas trop en demander non plus.
Un dernier point que j'ai trouvé un peu regrettable mais qui est clairement un choix scénaristique, c'est d'avoir fait du héros un personnage solitaire. Malgré les interractions qu'il peut avoir avec les autres personnages (dont la soeur de son meilleur ami qui n'est pas sans rappeler le rôle de Gong Li dans Miami Vice), il le dit clairement : il travaille seul. Dès lors, point de réelle équipe ou de réels partenaires que Mann sait si bien sublimer. Le sort des protogannistes est même scellé à l'avance et on sait dès le début du film qu'on va suivre Mr Thor et seulement Mr Thor. Un peu dommage quand on sait à quel point le réalisateur peut jouer avec les interractions humaines (là-aussi, voir mon avis sur Miami Vice).
Nous nous retrouvons donc malheureusement avec un ersatz de ses précédents films, où tout n'est pas repris mais où rapidement l'action laisse la place à l'informatique. On se retrouve donc avec un film vraiment signé Michael Mann sans certaines saveurs connues et avec quelques nouvelles mais sans grande originalité. Attention, ne vous méprenez pas : j'adore le travail de Michael Mann et donc j'ai adoré le film mais le réalisateur est capable d'aller un peu plus loin que ce qu'il fait d'habitude (exactement comme je le disais pour Tarantino sur ses derniers films). Certes, on ne va pas demander à Uwe Boll de nous faire un film taillé pour les oscars mais il y a ici une certaine stagnation un peu regrettable de la part de tels réalisateurs (Mann ou Tarantino hein, je ne parle pas de Boll qui, lui, a touché le fond mais continue de creuser).
Pour conclure, je dirais les fans de Miami Vice ou de Collateral, comme moi, vont adorer. En revanche, les autres retrouveront tout ce qu'ils n'ont pas aimés dans ces derniers films et ça ne révolutionnera pas l'avis qu'ils se font de Michael Mann. Je sais que je ne me suis concentré dans mon avis que sur des points négatifs mais il y a tout de même beaucoup de bonnes idées, beaucoup de beaux plans et ça reste un film bien au dessus du lot que les merdes hollywoodiennes formatées que l'on peut nous pondre chaque semaine.
Créée
le 28 juil. 2015
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