Hallow Road
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Hallow Road

Film de Babak Anvari (2025)

Bon trajet, mais petite destination

Je dois reconnaître que je suis un peu partagé avec Hallow Road, parce que j’ai passé un moment plutôt sympa devant le film. Ce n’est clairement pas un mauvais huis clos, mais c'est aussi très loin d'être le film du siècle...

Ce n’est pas un film que j’ai subi, ce n’est pas un film mal tenu, et je comprends très bien ce qu’il cherche à faire. Il a une idée simple, une tension immédiate, deux bons acteurs, une ambiance nocturne assez efficace, et cette sensation assez désagréable d’être coincé dans une voiture avec deux parents qui sentent peu à peu que la situation leur échappe complètement.


Le point de départ fonctionne vraiment bien. Deux parents reçoivent un appel de leur fille, ils comprennent qu’un drame a eu lieu, ils prennent la route, et tout le film se construit autour de cette urgence. C’est le genre de concept qui n’a pas besoin d’en faire des caisses pour accrocher. Il y a quelque chose de très simple et très efficace dans cette peur-là. Entendre son enfant au téléphone, comprendre qu’elle est en danger, ou peut-être qu’elle a fait quelque chose de grave, et ne pas pouvoir agir directement.


On est tout de suite dans une situation inconfortable et pour ça on peut le féliciter!


Sur ce point, le film remplit son contrat. Le huis clos en voiture est plutôt bien exploité. On sent la nuit, la route, l’enfermement, l’impossibilité de sortir réellement de la situation. La voiture devient presque une petite prison mentale. Les personnages avancent physiquement, mais émotionnellement ils sont bloqués. Ils tournent autour des mêmes questions, des mêmes peurs, des mêmes contradictions. C’est assez malin, parce que le film montre finalement très peu de choses, mais il utilise cette absence d’image pour faire travailler notre imagination.


C’est probablement ce que Hallow Road réussit le mieux. Il nous montre que l’horreur peut venir du hors-champ. Pas forcément besoin de tout montrer, pas forcément besoin d’un monstre, pas forcément besoin d’une grande scène choc. J'adore ce genre de principe, parce que c'est toujours très élégant à l'écran. On est guide par une voix au téléphone, une information incomplète, un silence, une hésitation, ça suffit à créer une tension. Pendant une bonne partie du film, j’ai trouvé que cette mécanique marchait.


Les acteurs sont là... Rien de transcendant, ils ne jouent pas mal, ils jouent. Rosamund Pike a déjà eu ces heures de gloire et on ne se souviendra pas de ça prestation ici. Mais en même temps, je crois que le film en avait un peu plus sous ça structure...

Parce qu’au fond, Hallow Road n’est pas seulement un film sur un accident ou sur une route inquiétante. C’est aussi un film sur ce que des parents sont prêts à faire pour protéger leur enfant. Et c’est là que j’ai trouvé le film le plus pertinent.

Il pose une vraie question morale. Est-ce qu’on cherche la vérité ? Est-ce qu’on appelle les secours ? Est-ce qu’on assume les conséquences ? Ou est-ce qu’on commence à tordre la réalité parce qu’on ne supporte pas l’idée que son enfant puisse être responsable de quelque chose d’irréparable ?


Ce conflit-là est plutôt bon.

Il donne au film un peu plus de chair qu’un simple exercice de suspense. On sent que l’amour parental peut devenir quelque chose de trouble, voir dangereux. Protéger son enfant, ce n’est pas toujours faire le bien. Parfois, c’est aussi refuser de regarder les choses en face. Et quand le film reste sur cette ligne-là, entre peur, culpabilité et déni, je trouve qu’il est assez solide.


Le problème, c’est que malgré tout ça, je n’ai jamais eu l’impression d’être devant un film vraiment marquant. J’ai plutôt eu la sensation de regarder un bon petit film, efficace, propre, mais assez limité. Et plus le film avançait, plus je sentais les limites de son concept. Il y a une bonne idée de départ, mais pas forcément assez de matière pour tenir pleinement un long-métrage.

C’est un peu le souci avec Hallow Road. Il repose sur une situation très forte, mais une seule situation. Deux parents, une voiture, un téléphone, une route, une crise. Et même si le film essaie de faire monter la tension, il revient souvent à la même mécanique. Les parents parlent, doutent, paniquent, se contredisent puis... Une nouvelle information arrive. Puis le film repart dans l’attente, dans le mystère, dans la tension. Ce n’est pas désagréable, mais au bout d’un moment, on sent quand même que le film étire son dispositif.


Et c’est là que je me suis dit que Hallow Road aurait peut-être été un excellent court-métrage.


Pas parce que l’idée est mauvaise, au contraire. Justement parce qu’elle est très bonne, mais très ramassée. Il n'y a juste pas assez de contenu. Pas assez de matière pour en faire toute un film bien complet à mon sens. En format court, cette histoire aurait pu être beaucoup plus brutale, beaucoup plus sèche, beaucoup plus percutante. On aurait gardé l’appel, la route, la panique, le dilemme moral, l’étrangeté, et on aurait eu quelque chose de plus direct, peut-être plus mémorable.


En long-métrage, le film est obligé de faire durer l’incertitude. Il doit retenir les informations, prolonger les silences, rajouter du brouillard autour de son mystère. Et parfois, ce brouillard donne moins l’impression de cacher une grande profondeur que de masquer un manque de matière. Dans un court-métrage, le manque d’informations aurait pu être une force. Dans un long-métrage, il finit parfois par ressembler à une limite.

Il y a aussi à noter cette dimension plus étrange, presque folklorique, qui arrive progressivement. Sur le papier, c’est plutôt intéressant. Le film commence comme un thriller psychologique très concret, presque réaliste, puis il laisse entrer quelque chose de plus cauchemardesque, de plus surnaturel, de moins explicable. Mais là encore, j’ai trouvé que le film restait un peu entre deux directions. S’il voulait rester dans le thriller réaliste, certains éléments paraissent un peu forcés.


S’il voulait vraiment devenir un conte horrifique, alors j’aurais aimé qu’il assume davantage cette bascule.


Le film ouvre une porte vers quelque chose de plus singulier, mais il reste souvent sur le seuil. Et c’est un peu frustrant, parce que c’est peut-être là qu’il aurait pu dépasser son statut de bon petit exercice de style. Il avait de quoi devenir plus étrange, plus cruel, plus marquant. Mais il reste relativement sage dans sa manière de développer son propre mystère.

Pour autant, je n’ai pas envie d’être trop dur avec Hallow Road. C’est un film honnête. Il a une vraie ambiance, il sait créer de la tension et il se regarde sans déplaisir. Je préfère largement un film comme ça, avec une proposition claire et une vraie volonté de mise en scène, à un thriller générique qui empile les effets faciles. Mais je ne peux pas non plus faire semblant d’avoir été bouleversé ou impressionné.


Un film que j’ai apprécié sur le moment, mais qui m’a davantage convaincu comme exercice de style que comme véritable expérience marquante. C’est un bon huis clos, mais un huis clos qui finit par révéler les limites de son propre concept.


KumaCreep
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le 7 juil. 2026

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