Pedro apparaît dans le film le visage dissimulé par ses cheveux longs, c’est un jeune homme introverti qui semble mal à l'aise même seul dans sa chambre. Marchant les bras le long du corps et la tête légèrement penchée en avant, il parle à voix basse et évite autant que possible de sortir de chez lui.
Lorsqu'il est dehors , il se sent mal à l'aise sous le regard des autres (un malaise que les réalisateurs traduisent par des angles de caméra subjectifs, centrés sur les passants, illustrant ainsi l'état d'esprit du protagoniste pour le spectateur).
Il afaut dire qu'il a passé presque toute sa vie à subir les préjugés et les jugements (réels ou imaginaires) de ses camarades d'école et d'université : sa solitude est ainsi le fruit d' un processus contre lequel il s'est inventé une façon d’être alternative, par webcam interposé.
Il n’y a que là, en se rendant fluorescent et en s’érotisant pour des inconnus qu’il semble se sentir exister.
En arrière plan, la ville froide et mélancolique semble toujours présente. Elle abrite une société numérique d’ âmes perdues à laquelle il propose et vend son image érotique et qui semble comme un miroir ou une justification du ressenti de Pedro.
Sur son chemin, Pedro va rencontrer trois personnages qui bouleverseront sa réalité, dont l’énigmatique et obsédant Leo : le lien qui se tisse entre eux confère au film un souffle qui l'humanise.
La nudité du corps acquiert (enfin) une nouvelle signification, et l'œuvre enregistre non seulement les détours de la solitude, mais surtout l'émergence du désir.
Film atmosphérique, portrait captivant du désenchantement, étude de personnage intime et hypnotique interprétée avec naturel et sensibilité, c'est un voyage sensoriel aux couleurs fluorescentes qui, à l'instar de Pedro, ne se révèlent que dans l'obscurité, une oasis d'étrangeté, portée par un montage dynamique et une narration imprévisible qui aurait à mon avis gagné à être plus court.
Henri Mesquida pour le groupe Facebook : cinemaetlitteraturegay