À la Saint-Valentin, encore blessée par sa dernière rupture, Ally (McCabe, non, pas McBeal), une publicitaire romantiquement un peu gauche, tombe sous le charme de Jay, un collègue chargé de rattraper sa campagne promotionnelle sortie à un moment pas vraiment idoine pour mettre en scène des amants maudits...
Car, depuis deux ans, le "Heart Eyes Killer" terrorise les habitants des États-Unis en assassinant une flopée de couples à chaque 14 février et, cette année, il a justement choisi Seattle, ville où Ally réside.
Vous les connaissez ces comédies romantiques interchangeables qui gonflent le catalogue Netflix de semaine en semaine ? Eh bien, en voilà quelque sorte une nouvelle, avec l'inévitable rencontre ponctuée de gaffes entre deux âmes sœurs posées en rivaux professionnels, ses personnages secondaires aussi hystériques qu'improbables, ses virages sentimentaux balisés et autres clichés éculés... sauf que Josh Ruben, un acteur passé à la réalisation que l'on apprécie beaucoup (on ne saura que vous conseiller son excellent "Scare Me"), a eu la riche idée d'y intégrer un pur tueur de slasher (avec un joli couteau et des p'tits coeurs lumineux tout mignons à la place des yeux) et de chercher à en dynamiter ces éternels archétypes par sa seule présence complètement haineuse des couples amoureux.
Autant dire que l'on est plutôt client du concept et, malgré une séquence d'ouverture ayant du mal à trouver un juste milieu entre le second degré et l'introduction se voulant iconique de son tueur (viser la superficialité des images idéalisées de certains couples sur les réseaux sociaux à travers ces meurtres inauguraux était en soi plutôt bien vu, dommage que cela tourne à la mauvaise blague), on a encore envie d'y croire dans la manière très premier degré que "Heart Eyes" aborde les prémices de la parade amoureuse de son couple vedette, d'autant que Olivia Holt et Mason Gooding semblent avoir tout compris du décalage ironique de leurs rôles stéréotypés et vont se révéler être une des constantes les plus qualitatives du film par les sourires qu'ils parviennent à dégager au coeur de leur rendez-vous mouvementé.
Problème, l'écriture de Christopher Landon en mode pâte à modeler impersonnelle héritée de ses faits d'armes chez Blumhouse (le récent "Drop Game" est encore là pour le prouver), va malheureusement toujours condamner "Heart Eyes" à un résultat bien trop sage au vu de l'ADN hybride de genres dont il pourrait se prévaloir. Comme incapable d'outrepasser des barrières invisibles qui pourraient le faire muter en fureur meurtrière bien plus ambitieuse et véritablement corrosive en termes de critique de la romcom préfabriquée, le film donne l'impression de se cantonner à une zone de confort sans la moindre grande prise de risque, en permanence à la lisière d'un slasher mineur et d'une satire gentillette au manque cruel de mordant.
Quelques meurtres tranchants bien servis par l'humour noir visuel de Josh Ruben et la sympathie de son couple vedette réussissent à maintenir le film à la surface de ses bonnes intentions (certains seconds rôles sont aussi à saluer, comme le duo de flics incarné par Jordana Brewster et Devon Sawa) mais, faute de les prendre à bras le corps pour en faire quelque chose de véritablement fulgurant, les petits coeurs illuminés de l'assassin donnent l'impression de ne jamais briller assez pour s'imposer parmi l'élite des slashers à laquelle son amusant postulat aurait pu le conduire.
Cette Saint-Valentin aurait pu être décidément bien plus folle...