4
3 critiques
“sans les codes” ?
Ma déception tient surtout à deux choses : la manière dont les jeunes sont représentés, et le discours implicite sur la méritocratie.D’abord, sur la question du langage. Le documentaire laisse...
le 16 févr. 2026
Ma déception tient surtout à deux choses : la manière dont les jeunes sont représentés, et le discours implicite sur la méritocratie.
D’abord, sur la question du langage. Le documentaire laisse entendre, par le montage et le choix des séquences, que certains élèves auraient un déficit d’expression lié à leur origine sociale. Or ce type de langage n’est ni propre aux “jeunes de banlieue”, ni révélateur d’un manque d’intelligence. On l’entend partout : en école, en prépa, dans des milieux très favorisés. C’est un registre générationnel, pas un indicateur de capacité intellectuelle.
En insistant sur ces séquences, le film contribue, même involontairement, à nourrir un stéréotype : celui selon lequel les jeunes issus de quartiers populaires auraient “leurs codes”, sous-entendu incompatibles avec l’excellence académique. C’est précisément ce type de représentation qui entretient des malentendus. La réussite d’une brillante femme comme Isa, avec son 20 au triptyque, montre bien que la maîtrise des exigences académiques n’a rien à voir avec une manière spontanée de parler.
Ensuite, le documentaire semble reconduire l’idée que la prépa et les grandes écoles seraient des espaces purement méritocratiques. Or cette vision est partielle. Oui, le travail compte. Oui, l’excellence académique est réelle. Mais les inégalités sociales structurent profondément les trajectoires : familiarité avec les codes, soutien parental (en l’occurrence émotionnel et non réellement financier ici), réseaux pour les stages, capacité à financer les études, aisance à l’oral, culture littéraire, scientifique, cinématographique et musicale façonnées depuis l’enfance, et ceci n’est pas assez mis en avant dans un reportage qui se voulait porteur d’un message égalitaire. L’égalité des chances n’est pas un point de départ neutre. Elle est déjà biaisée.
Enfin, ce qui manque cruellement, ce sont les dimensions matérielles et familiales : l’incompréhension ou l’angoisse des parents en général issus de l’immigration (asiatique, africaine…) face à un cursus qu’ils ne connaissent pas et dont les élèves ont entendu parler tardivement ; l’absence de réseau pour décrocher des stages ;
le poids d’un prêt bancaire dont le montant dépasse tout ce que la famille peut concevoir ; la pression implicite de ne pas échouer quand on engage une telle somme, qui est par ailleurs ressentie en prépa même. Le documentaire a le mérite de tout de même mentionner de temps à autres la peur ressentie par ces 3 jeunes.
La prépa et les écoles (de commerce ou autre) ne sont pas des mondes hors-sol. Elles s’inscrivent dans une société inégalitaire. Parler de méritocratie sans analyser ces structures revient à raconter une histoire incomplète.
Je ne nie pas la force des parcours présentés. Mais j’aurais aimé un regard plus lucide, moins ambigu, et surtout plus protecteur envers ces jeunes, qui n’ont pas à porter en plus le poids de stéréotypes, que le film aurait pu déconstruire plus fermement.
Créée
le 16 févr. 2026
Critique lue 22 fois
4
3 critiques
Ma déception tient surtout à deux choses : la manière dont les jeunes sont représentés, et le discours implicite sur la méritocratie.D’abord, sur la question du langage. Le documentaire laisse...
le 16 févr. 2026
SensCritique dans votre poche.
Téléchargez l’app SensCritique.
Explorez. Vibrez. Partagez.



À proposNotre application mobile Notre extensionAideNous contacterEmploiL'éditoCGUAmazonSOTA
© 2026 SensCritique
Thème