Her Story
7.1
Her Story

Film de Shao Yihui (2024)

Comment ne pas faire le rapprochement avec un autre film chinois vu exactement une semaine auparavant ? Autant Some Rain Must Fall s’avère très maîtrisé techniquement mais déprimant dans son contenu, autant Her Story parfois un peu brouillon se révèle franchement plaisant, même sur la durée (2h03). Comme quoi, le cinéma chinois exprime une incroyable diversité, puisque récemment nous avions aussi vu Black Dog.


Le titre le sous-entend assez bien, Her story est un film féministe qui fait la part belle à ses personnages féminins, les hommes devant se contenter de seconds rôles. L’affiche en rend parfaitement compte, avec les femmes au premier plan et les hommes derrière.


Une jeune mère de famille, Wang Tiemei (Sòng Jiā), emménage avec sa fille Moli (Isabella Zeng) dans un nouvel appartement, pour marquer la séparation d’avec son mari (Mark Chao). Pour justifier la perte de confort aux yeux de sa fille, Tiemei prétend avoir lu quelque part que...


la chanteuse Taylor Swift devrait ses jambes remarquables à son choix de ne jamais prendre l’ascenseur…


Sur le chemin du retour un soir, Tiemei tente vainement de semer un homme qui la suit dans la rue. Heureusement pour elle, une autre femme survient à point nommé pour décourager cet homme. C’est ainsi que Tiemei fait la connaissance de Ye (Elane Zhong), jeune femme de la même génération qu’elle et qui s’avère être une voisine avec qui le courant passe aussitôt. On note au passage que Ye utilise un moyen de locomotion symbolique de la frange moderniste qu’elle incarne. L’avantage pour Tiemie, c’est que Ye s’entend très bien avec Moli. A tel point que la mère accepte de laisser sa fille à sa nouvelle amie quand elle va travailler. Tiemei intègre une équipe travaillant dans la presse, alors que Ye fait partie d’un groupe musical où elle chante. En parallèle, Ye a une vie personnelle assez agitée, entretenant des relations avec plusieurs hommes, étant semble-t-il à la limite de la prostitution. Elle affiche un charme indéniable dont elle profite sans complexe, alors que désormais Tiemei se montre plus méfiante vis-à-vis des hommes. Quant à Moli, elle passe de plus en plus de temps avec Ye, celle-ci en profitant pour l’amener à différents endroits, allant jusqu’à la faire passer à un moment pour sa fille, parce qu’elle trouve cela plus simple. Sauf que cela va occasionner une série de quiproquos qui vont bien dans l’ambiance d’une œuvre qui vise le feelgood movie.


Dû à une femme, Shao Yihui (scénario et réalisation) ce film est bien à l’image de son affiche colorée. Malgré des conditions d’existence pas toujours faciles, les protagonistes femmes restent toujours dynamiques et enthousiastes. N’hésitant pas à faire jouer la solidarité féminine, elles affichent une volonté d’indépendance qui ne les empêche pas de côtoyer des hommes.


L’autre point remarquable dans ce film est le personnage de la jeune Moli. Elle s’avère d’une incroyable perspicacité doublée d’une belle vivacité d’esprit. Avec elle, régulièrement, les répliques fusent et on flirte avec la screwball comedy à l’américaine, avec par moments les sous-titres qui défilent à une cadence infernale. Ces échanges rapides sont régulièrement à l’origine de situations de comédie. Un constat qu’il faut cependant tempérer, car si le personnage de Moli s’avère irrésistible, grâce au naturel époustouflant d’Isabella Zeng, l’écriture en fait peut-être un peu trop de ce côté. En effet, Moli finit par faire un peu singe savant. Un constat qu’on peut d’ailleurs voir tourné quelque peu en ridicule après une visite chez l’ophtalmo.


La conclusion serait qu’elle lit trop, ce qui amène son entourage à tenter de la freiner et donc de lui interdire de faire ses devoirs. Un comble pour une fillette de son âge !


Quelques mots à propos des hommes, apparemment conscients qu’ils ont trop profité par le passé de leur position de force. Ne serait-ce pas un peu idyllique, même pour notre époque ? On dira qu’il s’agit d’une vision féminine un peu idéalisée. Les hommes se trouvent donc dans des rôles où ils tentent de se faire valoir comme ils peuvent. Le père de Moli tente ainsi de garder sa position quand la fillette s’amuse beaucoup plus avec Ye, mais aussi avec celui (Zhang Yu) qui tente de séduire sa mère. Il s’agit du batteur du groupe au sein duquel Ye chante. Son approche très pédagogique auprès de Moli à qui il se montre disposé à lui apprendre à jouer de n’importe quel instrument apporte là aussi quelques belles scènes de comédie. Nous aurons également droit à des scènes de concert, ce qui m’amène à signaler que dans ce film, la musique (signée Zi Wen), très présente, contribue à la dynamique générale.


A signaler que Moli apprécie les activités que les uns et les autres lui proposent, car elle se souvient d’un « festival de cinéma tout pourri » où sa mère l’avait emmenée et où elle avait mangé en compagnie de… Jiǎ Zhāng-Kē. Du coup, Je lui proposerais bien un échange : elle assiste à tous les concerts de Taylor Swift si ça lui chante, pendant que je profite d’un échange avec Jiǎ Zhāng-Kē, pour discuter de son film A touch of sin.

Electron
7
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le 16 avr. 2025

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