Si "Hero", réponse chinoise à "Tigre et Dragon", pose problème dans sa dernière demi-heure, par son évidente soumission aux doctrines nationalistes du Parti, et gâche donc le considérable bonheur que l'on a ressenti jusque là, il serait injuste de nier que ce film propagandiste est également une pure merveille formelle, et le digne descendant des films de sabre traditionnels. Une succession de scènes sublimes, où beauté des acteurs et des paysages (toujours vierges au cinéma pour la plupart), l'incroyable traitement des couleurs et surtout la grâce chorégraphique des mouvements des combattants, nous plongent dans un ravissement éperdu...
7 ans plus tard, les inventions formelles éblouissantes de Zhang Yimou dans "Hero" ont - logiquement - essaimé tout un tas de nouvelles images en Chine comme en Occident, ce qui fait que le choc esthétique est un peu éventé. On remarque alors que "l'effet-Rashomon" du scénario ne fonctionne pas aussi bien qu'on le souhaiterait (est-ce l'effet d'une version raccourcie pour l'Occident ? On aimerait maintenant qu'on nous montre enfin la version chinoise !), et on déplore surtout que certains effets "poétiques" apparaissent désormais forcés et artificiels. La plus belle scène du film restera, c'est certain aujourd'hui, celle du combat imaginaire au dessus du lac, un pur moment de grâce.
[Critique écrite en 2003 et complétée en 2010]