Je crois que c'est l'un des premiers grands films de sabre nouvelle génération que j'ai dû voir en 2002 lorsque la Chine a commencé a percer le marché international, on sent que c'est du film asiatique fait pour un public occidental, et du reste c'est très différent des films de sabre hong-kongais que je voyais dans les années 70 et 80, tels ceux de Chang Cheh, avec la Rage du Tigre par exemple. Ces films étaient alors d'une violence brute et avec une image peu léchée, ne visant que l'efficacité des combats qui par moments étaient un peu bordéliques.
En disposant du plus gros budget jamais atteint pour un film chinois du début des années 2000, cette fresque à gros moyens est une splendeur esthétique et visuelle avec ses décors, ses jeux de couleurs, sa photo superbe, ses scènes de sabre réglées comme de grandioses et féeriques ballets, et sa somptueuse reconstitution de la Chine ancienne. Zhang Yimou apporte ce que les réalisateurs d'antan n'avaient pas : une esthétique, un soin dans tous les stades de la production, avec quantité d'effets visuels, et des combats réglés au millimètre, mais l'ennui c'est justement son côté trop esthétisant et pas assez pamphlétaire sur le plan politique.
Le scénario est assez brouillon, il faut vraiment être captivé pour suivre parfois le propos sans un léger ennui, d'autant plus que le film manque un peu d'aspect épique. De plus, les combats peuvent lasser les non initiés, moi ça me va, mais j'en connais que ça barbe un peu, sans compter que le public occidental n'est guère habitué à des protagonistes qui volent dans les airs et arrêtent à la main des pluies de flèches. Ces astuces censées plaire à un public occidental peuvent surprendre, mais ça fait partie d'une culture chinoise. Tout ceci est compensé par des personnages plutôt fascinants, le réalisateur dispose du casting le plus alléchant de l'histoire du cinéma asiatique moderne, avec des acteurs comme Jet Li, Maggie Cheung, Tony Leung, Zhang Ziyi et Donnie Yen qui font passer juste l'émotion qu'il faut et une certaine poésie.