**High Life — Claire Denis**


Je ne suis pas spécialement amateur de films se déroulant dans l’espace — je mets à part *2001 : l’Odyssée de l’espace*, *Alien*, *Star Wars* et quelques exceptions évidentes — mais comme *High Life* revenait souvent dans les suggestions proches de *Trouble Every Day*, j’ai tenté l’expérience.


Mon impression principale : le film est lent. Très lent. Pas lent au sens contemplatif, hypnotique ou méditatif. Juste lent. J’ai traversé *High Life* comme une balle filmée en bullet time : tout semblait avancer au ralenti autour de moi, mais intérieurement j’étais déjà sorti du vaisseau depuis longtemps.


Le problème, c’est qu’on ne s’attache à personne. Pas même à Monte, le “héros”. Les personnages restent opaques, mais pas opaques de manière fascinante ; plutôt opaques comme des dossiers mal classés dans une administration spatiale. La tension est presque toujours désamorcée, les enjeux restent faibles, et la mission elle-même — foncer vers un trou noir bien spécifique pour la science — ne m’a jamais vraiment impliqué.


J’ai aussi eu beaucoup de mal avec le contrat physique du film. Pour une raison X ou Y, le vaisseau n’est visiblement pas soumis à l’apesanteur, soit. Mais alors pourquoi certains personnages bougent-ils comme s’ils l’étaient ? Et lors de la scène où Monte éjecte les corps de l’équipage par la porte, je suis resté perplexe : rien n’est aspiré, Monte compris. D’accord, les lois de la physique sont abolies. Dont acte. Mais quand un film m’a déjà perdu, ce genre de détail devient une poignée de secours pour râler.


Juliette Binoche, en vamp obstinée par la reproduction, ne m’a pas convaincu non plus. Je ne la voyais tout simplement pas dans ce rôle. Quant à la femme la plus hystérique du groupe, qui décide de foncer seule vers le trou noir avant d’imploser dans son scaphandre : bon débarras, ai-je envie de dire. Ce n’est probablement pas la réaction émotionnelle attendue, mais le film n’a pas fait grand-chose pour m’en empêcher.


J’ai même raté la transition entre Willow bébé et Willow adolescente. À un moment, je me suis demandé : “Mais ils ont aussi envoyé une ado dans l’espace ?” Puis j’ai fini par comprendre. Comme on dit, quand on est con… Quant à la fin, je préfère rester sobre : no comment.


Un détail me chiffonne tout de même : le moment où Monte répète à Willow qu’il ne faut pas boire son pipi, et surtout ne pas manger le caca, en insistant dix fois sur le fait que “c’est tabou”. Je comprends l’idée possible : dans un monde où tout s’est effondré — consentement, filiation, reproduction, rapport au corps — Monte essaie de transmettre à sa fille les restes les plus élémentaires d’un interdit humain. Le degré zéro de la civilisation : il y a des choses qu’on ne fait pas. Très bien. Mais à l’écran, l’insistance m’a surtout donné envie de répondre : oui, Claire, le caca est tabou, passons à la suite.


Je sauve pourtant une chose, et même franchement : le plan-séquence du début dans la serre. Je l’ai trouvé beau. Là, j’ai félicité intérieurement les décorateurs et les jardiniers. Cette serre est probablement ce que le film a de plus concret et de plus juste : un fragment de vivant entretenu artificiellement, un petit morceau de Terre humide, contrôlé, presque absurde, au milieu d’une expérience humaine lancée vers le néant. Quand on comprend que tout est expérience, cet espace prend tout son sens. Les plantes, la terre, l’humidité, le vivant sous surveillance : c’est plus fort que beaucoup de discours du film.


Au fond, c’est peut-être là que *High Life* m’a frustré : il contient des éléments qui auraient pu m’intéresser — le corps, l’enfermement, l’expérience, la reproduction, le vivant artificiel — mais l’ensemble m’a paru mou, prétentieux, et étrangement sans tension. *Trouble Every Day* avait une contamination du désir, quelque chose de malade mais incarné. *High Life*, lui, m’a donné l’impression de placer les corps dans une boîte théorique pour voir s’ils fermentent. Chez moi, ça n’a pas fermenté : ça a tiédi.


Je n’ai pas encore donné de note, mais à mon avis elle sera attirée par la gravité.


Nomada
3
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le 1 juil. 2026

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Nomada

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