Fantômes de Kieslowski, musique de Prezniew, lumière bleutée. C'est le règne de la fiction. Mais Farhadi en goûte peu la spiritualité. Ce qui l'intéresse, c'est la mécanique implacable d'un scénario. Ici, sévèrement distendue par les jeux de miroir entre réalité et imaginaire. Imaginaire quelque peu dépourvu d'imagination, si ce n'est celui, involontaire, du vaudeville. Mais empesé, triste, sérieux, cherchant confusément à s'ancrer dans une psychanalyse épigénétique de voisinage, sans tout à fait bien traiter le sujet. Alors se révèlent ici comme jamais les ficelles d'écriture : les nécessités laborieuses de conférer à chaque grand nom du casting une juste partition contractuelle ; de couvrir l'ensemble des interactions possibles ; que chacun ait sa scène, sa rencontre, plus ou moins forcée. Malgré la surécriture, le film semble naviguer à vue. Pas bien sûr de ce qu'il a à dire : toxicité du romanesque qui réveille les désirs dangereux de vies bien rangées? Serendipité de surface de relations toujours plus liées par les fils du destin, grand récit de la vie? On a le droit d'y voir surtout l'orgueil d'un mega-auteur international, privé de l'urgence militante de son Iran d'origine, à qui il ne reste plus qu'à concourir piteusement au Prix du Scénario.