" Tu as oublié quelque chose ? "

Holy Lola a à la fois la force, la fraîcheur et la spontanéité de ses deux acteurs principaux: Isabelle Carré et Jacques Gamblin. Des rires aux larmes, ils sont justes et sincères tant et si bien que le film ne verse jamais dans le drame, ni dans la comédie potache. C'est cet entre-deux fragile mais tenace que parvient à garder tout du long Bertrand Tavernier pour nous donner à voir toutes les facettes d'un pays que véritablement il filme avec un point de vue régulier et lucide.

Ici, c'est dans un hôtel que tous les français adoptants se retrouvent, faisant part aux uns et aux autres de leurs galères et de leurs petites joies successives pour enfin devenir des parents comblés. Parents d'enfants qu'ils préfèrent ne pas croire volés, qu'ils pensent extirper à un pays dangereux, minés, profondément pauvre, rempli de maladies sournoises. Un pays que Tavernier ne rend jamais misérable. Non, il filme à la fois la corruption et les sourires, la douleur et le partage. Et l'espoir. Quand au milieu d'un dépotoir géant où travaillent jour et nuit des enfants, une femme clame qu'elle est parvenue à en scolariser trois milles, quand un jeune homme reçoit sa nouvelle jambe de synthèse après avoir sauté sur une mine. Et quand par la force de leur amour, au bout de l'épuisement, des coups de colères jamais pathétiques de Géraldine, qui se réveille en pleine nuit voyant son enfant lui échapper, le couple reste complet, entier. Cet enfant qui n'existe pas encore mais qui lui manque déjà, cet enfant qu'elle vient chercher au bout du bout du monde. Et Pierre, qui n'aime pas quand sa femme craque, "elle me fait chier ta mère quand elle craque" confiera-t-il au petit enregistreur où chacun, seul ou à deux confit ses doutes, son amour, sa peine et ses joies à l'enfant tant désiré.

Ce que filme ici Tavernier, c'est une attente, épuisante, vibrante. Des rencontres. Mais surtout un amour comme on en rêverait plus souvent. Oui car les yeux de Pierre sur sa femme endormie, son sourire, ses paroles rassurantes au milieu de la nuit sont autant de signes d'une passion qui brûle encore. Même devant une femme meurtrie corporellement par sa stérilité et qui arrive dans un pays stérile de par ses terres mais qui offre, moyennant des sommes d'argents insoupçonnées, des enfants. Finalement, du désespoir à l'espoir, le chemin est infime.
eloch

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