Pas toujours subtil dans son traitement thématique mais filmé avec délicatesse, Huesera est bien loin de ce que le titre, l’affiche et le synopsis laissaient penser. Une oeuvre qui prend son temps et utilise l’horreur avec parcimonie, tout en dressant le portrait contrasté de Valeria, femme seule au milieu de son entourage qui démarre le récit par ce qui devrait être un heureux évènement, en tombant enceinte.
La grossesse devient la perte de l’indépendance. Les choix sont faits pour elles, du mobile de l’enfant choisi par sa belle-mère au traitement médicamenteux imposé par son conjoint. Le travail, qui est un passe-temps auquel elle prend plaisir et par lequel elle peut s’exprimer, lui est retiré. C’est alors le regret du chemin imposé qui s’installe, le regret des trajectoires non prises, ces potentialités d’une vie défaite du carcan traditionnel, plus libértaire, plus en phase avec elle-même. Le regret de l’émancipation.
Mais non, ses (non) choix l’ont enfermé sur des rails, dans un appartement qui appartient à la mère de son mec, à dîner avec des gens qui ne déversent que des banalité, et à subir la suspicion d’un homme qui ne l’écoutera de toute façon pas, puisque seulement intéressé par ce qui croît en elle.
En suivant les mœurs établis, elle se retrouve rongée, emprisonnée dans un foyer qui se transforme en déplaçant le centre de l’attention sur cette progéniture qu’elle ne désire plus, alors même que son homme ne la désire plus elle. Le corps et l’esprit se mettent ainsi en rejet. Les manifestations de la transformation physique et mentale de la femme enceinte sont poussée à l’exrême par l’angoisse.
Elle ne peut donc que craquer, littéralement, sous la pression, alors que se fissure son image lisse, que se craquelle le vernis de son fourvoiement, et que se fêlent les frêles étais d’un poids bien trop lourd porter sans la moindre motivation. La parentalité est la conformité qu’elle a toujours voulu fuir. Et s’il faut abandonner l’enfant pour ne pas commettre l’irréparable et que deux vies soient anéantis, alors qu’il en soit ainsi.
L'ambiguïté morale fait ainsi tout le sel de Huesera. On pourrait penser à de l’égoïsme devant le fait accompli, dans cette manière de ne pas affronter les responsabilités et de rejeter ses choix de vie sur son enfant. Mais étaient-ils vraiment des choix et non pas le diktat d’une société mexicaine ancrée dans le paraître et la conformité, baignée dans le traditionalisme religieux? Le refus de l’enfant était-il seulement une possibilité? Le sujet n’est jamais abordé avec l’homme, tandis que seules les voies esotériques (et donc secrètes) semblent être possibles pour se soigner sans courroucer la pensée dominante. La brève mention du consentement sur la grossesse par le médecin fait tout de même douter.
Valeria: victime d’un système en quête d’indépendance ou femme lâche?