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Ichi raque
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le 17 févr. 2014
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Dans la vaste et torturée filmographie de Takashi Miike, Ichi The Killer fait figure de paria, une œuvre qui semble incarner une sorte d’aboutissement de l’extrême, tant dans sa violence graphique que dans son traitement des personnages. Le titre, qui évoque d'emblée un personnage central, Ichi, est une première tromperie. On s’attend, naturellement, à ce que celui-ci prenne les rênes du récit. Pourtant, tout au long du film, c’est Kakihara, un sadique haut en couleur mais creux dans sa profondeur, qui vole l'écran, reléguant Ichi, figure titrée mais secondaire, au statut de pantin psychotique maladroit.
Alors pourquoi ce titre ? Pourquoi cette affiche où Ichi est mis en avant comme l'antihéros ultime ? On se retrouve rapidement déçu, presque trahi, par cette promesse visuelle et sémantique. Kakihara, avec ses joues lacérées et sa quête insensée de douleur, accapare l’attention, sans pour autant apporter de réel souffle narratif. Sa présence devient un gimmick, un avatar de la souffrance pour la souffrance, tandis qu'Ichi, censé incarner la folie meurtrière, n’existe que comme un prétexte à un déchaînement de violence grotesque. L’absence de profondeur d’Ichi rend chaque scène le concernant fade, et il finit par être aussi transparent que les incohérences qui jalonnent son parcours.
Mais plus que l’absence d’un protagoniste solide, c’est le traitement de la femme qui dérange. Miike, dans ce film, s’engouffre sans finesse dans une culture du viol omniprésente. De nombreuses scènes sont là uniquement pour choquer, non pas pour dénoncer, mais pour utiliser le corps féminin comme une toile de fond sanglante, déshumanisée, réduite à un objet de violence sexuelle. Chaque plan où une femme apparaît est un rappel insidieux que leur rôle se limite à être des victimes ou des accessoires de jouissance perverse pour des hommes brisés. Où est la nuance, où est la critique ? Rien ne semble là pour nous faire réfléchir, seulement pour nous assommer de sordide.
Là où d'autres réalisateurs utilisent le gore pour sublimer une esthétique, Miike, dans Ichi The Killer, se perd. Le gore n’est ni assez second degré pour qu’on le prenne comme une satire, ni suffisamment réaliste pour qu’il en devienne oppressant. C’est du mauvais goût, sans la moindre once d'ironie. Les litres de sang jetés à l’écran, les mutilations improbables, tout cela manque de style, de substance. Et que dire des incohérences qui s’accumulent à mesure que l’intrigue progresse (ou stagne) ? On ne comprend plus ni les motivations d'Ichi, ni celles de Kakihara, ni même pourquoi certaines scènes existent, sinon pour ajouter du contenu inutilement grotesque à un récit déjà indigeste.
En tant qu’amatrice des œuvres passées de Miike, je suis restée médusée. Audition, Dead or Alive, Visitor Q étaient autant de films qui, bien que tout aussi violents, portaient en eux une réflexion, un sous-texte intelligent. Ici, rien de tout cela. On est face à une œuvre qui se vautre dans l'absurde sans jamais savoir quoi faire de son propre chaos. Ichi The Killer est une expérience frustrante, presque pénible, qui pousse à se demander comment un réalisateur capable d’un tel génie par le passé a pu s’égarer à ce point.
Au final, Ichi The Killer est une coquille vide, une surenchère de violence mal orchestrée, sans direction claire ni pertinence. À chaque scène, on attend que le film se révèle, qu’il assume enfin sa promesse d’œuvre décalée et subversive, mais ce moment n’arrive jamais. Une déception de bout en bout, un gâchis que même la fascination morbide pour les personnages n'arrive pas à sauver. Miike nous a habitués à mieux, et c’est bien ce qui rend ce film si difficile à digérer.
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