Plus on s'aventure dans la filmographie d'Elizabeth Taylor, plus on plonge dans des bizzareries, des séries B ou Z, pour la plupart britanniques et souvent avec Richard Burton. En effet, à partir de la fin des années 60, Liz Taylor abandonne peu à peu le Classic Hollywood, qui se meurt de toute manière lui aussi pour laisser place au Nouvel Hollywood (dont "Easy Rider" a énormément contribué au lancement) pour des productions beaucoup plus intimistes et aujourd'hui peu connues.
Paradoxalement, c'est la persona qu'elle donne dans ces rôles qui est aujourd'hui largement gravée dans la mémoire collective : celle d'une femme hystérique et excentrique qui pique des crises de nerfs toutes les cinq minutes. Bien-sûr, c'est en réalité plus nuancé mais quel bonheur de la voir dans ces rôles-là ! Car c'est là que tout son talent peut alors prendre véritablement de l'ampleur et qu'elle peut montrer au public toute sa palette d'actrice en prenant des risques. Car ici, des risques, elle en prend !
Adapté du roman "The Driver's Seat", nous suivons les itinérances de Lise/Liz dans Rome au fil de ses rencontres. C'est ainsi qu'elle fera la connaissance d'une vieille dame avec qui elle fera du shopping, d'un garagiste qui tente de la violer dans sa voiture, d'un homme assez mystérieux dans l'avion et puis d'un autre - dans le même avion - qui suit un régime à base de riz et d'orgasmes (on va faire comme si c'était normal, de toute manière, vous n'êtes pas au bout de vos peines).
Lise aussi est à la recherche de l'orgasme qui nécessite également une pénétration mais du genre qu'on ne peut avoir qu'avec une arme blanche.
Oui, comme vous l'airez compris, nous avons un film ici profondément étrange mais surtout nihiliste.
Car si Lise tente d'assouvir ses désirs suicidaires en se baladant avec un giallo sous la main (ce qui n'est pas non plus anodin car si nous ne sommes pas dans un film du genre, nous sommes dans un film italien alors en pleine mode giallesque, qui est à la base un genre littéraire, d'où le clin d’œil) ; toutes les personnes qu'elle rencontre sont encore plus folles qu'elle. En réalité, le film dépeint une société malade et individualiste ; chacun essayant de se servir d'un autre pour assouvir ses propres désirs. Et puis, il y a aussi un attentat en pleine rue et Andy Warhol qui semble encore plus pommé que les autres.
En réalité, il y a une personne saine d'esprit dans tout ça à laquelle le spectateur peut se raccrocher pendant un temps : la vieille dame que j'évoquais quelques lignes précédentes. C'est une personne profondément sympathique et attentionnée, ce qui créer alors un décalage assez dérangeant avec la personnalité dérangée de sa nouvelle amie. Comme lorsqu'elle cache son passeport dans un taxi - cherchant par là à se perdre définitivement - ou lorsque la vieille dame reste coincée dans les toilettes, apportant un des nombreux moments d'humour noir du film. Vieille dame dont le rôle avait d'ailleurs été envisagé pour Bette Davis ! Quelle frustration de ne peut pas voir ces deux reines réunies dans le même film malade.
Et par-dessus le marché, la temporalité alterne entre passé et présent, ce qui ne casse pas le rythme pour autant car cela apporte du suspense à l'ensemble. En effet, dans le présent de l'enquête, sont interrogées les différentes personnes qui ont pu croiser le chemin de Lise et
chacune est donc un potentiel meurtrier. Mais laquelle ?
C'est ce que l'on découvre avec le présent.
Rajoutons à cela une mise en scène que je trouve parfaitement maitrisée, toujours posée malgré la folie ambiante, nous offrant quelques plans sublimes, allant d'ailleurs de pair avec la B.O. étrangement apaisante, contrastant évidemment avec le sujet.
Bref, "Identikit" n'est pas qu'une simple curiosité, c'est un film qui, sous ses airs hasardeux, est en réalité parfaitement maitrisé et offre à Elizabeth Taylor une de ses meilleures performances !