Il Boemo, le Bohémien, désigne ici l’habitant de la Bohème, région de la Tchéquie, d’où vient le personnage principal, Josef Mysliveček. Or celui-ci est aussi un bohémien, au sens contemporain : vivant dans la misère ou de l’aumône de mécènes féminines, il voyage de cour en cour, de royaume en duché, de ville en ville pour présenter les opéras qu’il compose en même temps qu’il papillonne de femme en femme et pénètre sans répit les cœurs et les corps.
Petr Vaclav, cinéaste tchèque, fait resurgir du passé musical de l’opéra italienne du 18ème siècle, dont on n’aura gardé que les noms de Mozart ou Haydn, la vie de son compatriote et évoque en même temps une époque merveilleuse qui remonte avec langueur de la surface des canaux vénitiens, entre le brouillard et les formes glissantes des gondoles, s’élevant parmi les splendides intérieurs baroques avant de briller dans les somptueux opéras où se mêlent faste et débauche, grotesque et sublime – à l’image du monarque, oscillant entre noble grossièreté et beauté simple.
Au moyen de force ellipses, souvent longues, éliminant l’aspect proprement biographique du scénario, Petr Vaclav se libère du souci explicatif pour ne garder que l’épure d’un récit et la quintessence de la vie du compositeur : amour et musique. L’opéra prend en effet une place centrale dans le film, tant le réalisateur lui consacre de l’espace et du temps. De même pour les amours nombreuses du protagoniste qui se succèdent sans fin, assez futilement au premier abord. Or, le dernier opéra viendra expliquer cette importance concédée aux deux passions du compositeur, qui détermineront sa fin.
Malgré un Vojtech Dyk très mou et au jeu assez plat (l’extase muette face au petit Mozart étant peut-être la seule qui mérite le détour), contrebalancé par des actrices vibrantes (Barbara Ronchi jouant Gabrielli en tête), Petr Vaclav parvient magistralement à nous plonger dans un temps et un lieu disparus et à reconstituer une époque.
À voir absolument.