Toujours aussi prolifique et d'apparence minimaliste, Hong Sang-Soo parvient pourtant à se renouveler, sans proposer une éternelle redite.
In Water capte avec justesse (malgré le flou, comme si on voyait le film à travers un verre de soju) la mélancolie discrète du quotidien, ici d'un réalisateur qui cherche l'inspiration, accompagné de ses deux acteurs, sur l'île de Jeju. Sans artifice, à nu, il filme cet homme en recherche l'inspiration, sans excès, sans théâtralité, ni grandiloquence, sans mots ou actes disproportionnés : juste son errance sur cette île, avec ses difficultés financières et ses petits problèmes et petites joies du quotidien.
Dans ce contexte, Hong Sang-Soo filme ce qu'il maîtrise le mieux, des conversations qui tournent en rond, des repas, des âmes qui marchent et (se) cherchent. Ces petites émotions sont noyées dans un flou visuel qui pourrait évoquer autant la fatigue physique que celle de l'âme, et qui trouve une résonnance particulière dans la sublime dernière séquence. La créativité qui fuit le protagoniste n'est jamais présentée comme une échec, mais une lassitude ordinaire, banale.
Plus minimaliste qu'à l'accoutumé (60 minutes), In Water tire pourtant sa force de cette durée, Hong Sang-Soo tire un instantané, une laps de temps fragile d'une vie, sans prétention, avec justesse, et c'est beau, tout simplement.