Je sais qu'Incendies est presque unanimement salué comme un chef-d’œuvre, mais pour ma part, je suis totalement resté à côté de ce film. Pire encore, l'expérience m'a laissé un arrière-goût profondément dérangeant. Derrière sa réalisation soignée, j'ai eu la sensation tenace d'assister à une œuvre manipulatrice qui instrumentalise les pires horreurs humaines à des fins purement dramatiques.
Ce qui m’a le plus heurté, c’est la gestion de la fameuse révélation finale. Utiliser des traumatismes aussi destructeurs et réels que le
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viol de guerre et l’inceste comme un simple « coup de théâtre » scénaristique m'a semblé d'un immense mauvais goût. J'ai eu l'impression que Villeneuve transformait une tragédie humaine en un vulgaire thriller à suspense, où l'horreur absolue ne sert qu'à provoquer un choc esthétique chez le spectateur. Réduire de telles souffrances à une mécanique de twist final, c'est, selon moi, flirter avec le voyeurisme intellectuel.
De plus, je n'ai absolument pas cru à l'histoire. Pour que ce piège se referme, le scénario est obligé d'empiler des coïncidences si astronomiques qu'elles brisent toute crédibilité. Qu'un fils perdu devienne, par le plus pur des hasards, le tortionnaire attitré de sa propre mère dans une prison secrète m'a paru d'une invraisemblance totale. Cette sur-écriture mélodramatique m'a complètement sorti du film : je ne voyais plus des êtres humains souffrir, je voyais un cinéaste tirer de grosses ficelles pour m'extorquer des larmes.
Enfin, le message politique et moral du film m'a profondément dérangé. En choisissant d'anonymiser le pays pour donner une portée « universelle » au récit, le film dépolitise complètement la guerre. On nous montre un conflit abstrait, une sorte de barbarie mystique où tout le monde s'entre-tue sans qu'on comprenne les vrais enjeux historiques. Et que dire de la conclusion ? Trouver une forme de beauté ou de poésie dans le fait
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qu'une femme demande à ses enfants de pardonner à leur bourreau sous prétexte qu'il est leur frère et leur père, cela me dépasse. Je trouve cette injonction au pardon presque obscène et totalement déconnectée de la réalité psychologique d'un tel traumatisme.
Pour toutes ces raisons, Incendies n’a pas été pour moi un grand moment de cinéma, mais une œuvre artificielle et boursouflée qui utilise le sordide pour feindre la profondeur.