Voyage au pays des songes
Nolan aime le risque, c'est indéniable. Après le triomphe critique et public de "The Dark Knight", beaucoup aurait eu la (relative) faiblesse de se laisser aller à la facilité et à la sécurité. Ce que n'aime manifestement pas Nolan.
Car oser (et le mot n'est pas trop fort) réaliser un film aussi atypique avec un budget colossal de 200 millions de dollars, et donc une énorme prise de risque à l'appui impose non seulement le respect, mais forge également l'admiration, à plus forte raison lorsque le résultat final se trouve être tout simplement magistral.
L'inception, thème pour le moins obscur de prime abord, revient à implanter dans l'esprit d'un individu un rêve ou une idée montée de toute pièce afin de la faire sienne. De ce postulat simple mais aux enjeux complexes, Nolan met en place une mécanique de mise en scène chirurgicale et diabolique, où l'ensemble du métrage devient un immense échiquier sur lequel le réalisateur place méticuleusement ses pièces afin de donner corps à un scénario aussi dense qu'excellemment bien écrit et conçu. Toujours aussi verbeux (parfois trop ?), jonglant constamment entre la complexité de son sujet et l'accessibilité qu'il s'efforce d'insuffler à son film, Nolan réussit pourtant le tour de force de rarement perdre ses spectateurs (pourtant constamment noyé sous le flot d'information) face aux enjeux du récit, sans pour autant renier son style visuel et ses partis-pris audacieux de mise en scène.
Christopher Nolan a aussi pour lui le fait de se bonifier de film en film, ce qui, une nouvelle fois loin, est loin d'être donné au premier quidam venu. Si ses séquences d'action sont encore loin d'être parfaites, il a définitivement gagné en lisibilité et en justesse, là où celles de "The Dark Knight" pouvaient paraître surdécoupées et illisibles par moment. Son univers visuel gagne également en précision et en cohérence, tout en attachant une importance tout particulière à son style "clinique" et "froid" qui lui sied non seulement parfaitement, mais qui trouve un prolongement évident dans les scénarii de ses films.
Et comment passer sous silence la beauté générale du métrage, hallucinante de justesse et d'élégance, dont le tout manque peut-être d'un brin de folie mais qui au final remporte largement l'adhésion.
Bien entendu, une telle minutie laisse peu de place à l'empathie et à l'émotion, et c'est une nouvelle fois le point faible du nouveau Nolan. Pourtant, là où ces éléments pouvaient être rédhibitoires dans "Le Prestige", ce n'est pas le cas dans "Inception", film centré sur le personnage de DiCaprio (encore une fois très bon) et dont tous les éléments (protagonistes compris) gravitent autour de lui, sans que le besoin d'approfondissement de la psychologie des personnages ne se fassent sentir.
La musique quant-à-elle n'est pas en reste, avec un score brillant de Zimmer (qui a enfin décidé d'innover sur sa gamme), et qui soutient continuellement, et ce sans aucune fausse note, les événements. Évidemment, on pourrait également en reprocher l'omniprésence, mais celle-ci a le mérite de renforcer l'immersion et la sensation d'oppression, en somme "avoir la tête sous l'eau" et ressentir pleinement le sentiment d'urgence des personnages.
En d'autres termes, "Inception" est plus qu'un blockbuster hollywoodien, est autre chose qu'un film d'auteur surboosté, c'est une oeuvre majeure de l'anticipation, un film riche et passionnant, qui classe définitivement son auteur comme l'un des plus grands cinéastes en activité.
Vivement le prochain Batman !