En abordant humainement une page oubliée de l'Histoire de la seconde Guerre Mondiale, Rachid Bouchareb signe une œuvre incontournable portée par des comédiens au sommet de leur talent (reconnus par le Prix d'interprétation masculine au dernier Festival de Cannes).

«Il faut libérer la France». Bien que n'étant que des Français d'adoption (forcée), ces jeunes Maghrébins sont prêts à se sacrifier pour la Mère Patrie, occupée par l'Allemagne nazie. «Même si je ne l'ai jamais vu, c'est mon pays» clame Saïd, pourtant introverti et a priori le plus fragile. Souffre-douleur de ses camarades, il s'affirme et devient un homme au fil de l'histoire. Un rôle de composition à première vue pour Jamel Debbouze, mais il a su lui donner toute la sincérité et la fragilité nécessaires. Le comique s'impose irrémédiablement comme un acteur à part entière, marchant ainsi sur les pas de Coluche.
Saïd tisse une relation filiale avec le gradé Martinez, campé avec justesse par Bernard Blancan. Son personnage débute dans la caricature d'un militaire autoritaire et froid (on le comprend immédiatement dès sa première scène : lors de la rencontre avec ses hommes, le sergent donne un coup de crosse dans le ventre de Saïd), avant de laisser entrevoir quelques failles.

Le personnage joué par Sami Bouajila, Abdelkader, apparaît comme le plus complexe à cerner. Homme intègre croyant aux valeurs de la France, il s'improvise leader d'opinion, ses désillusions faisant naître une rébellion. Il est prêt à tout pour obtenir la reconnaissance qu'il cherche depuis si longtemps. Comme à son habitude, Sami Bouajila s'est impliqué totalement dans son personnage, rendant une composition quasi parfaite.
Roschdy Zem, acteur de talent devenu omniprésent dernièrement, a apporté toute l'humanité nécessaire à son personnage, sans doute le plus sentimental du groupe (il est le seul à rencontrer l'amour auprès d'une jeune marseillaise).
Mais la prestation la plus étonnante est assurément celle livrée par Samy Nacéri. Il a donné à son personnage, Yassir, sa «déchirure intérieure» (selon les propres mots de Rachid Boucherab), que l'on peut déceler rien qu'à son regard. Yassir s'est engagé dans l'armée pour l'argent, mais sa relation avec son frère lui confère une aura incassable, maintenue même après la mort de ce dernier.
Si tous ces acteurs ont livré des prestations grandioses, c'est grâce à tout le travail accompli par Rachid Bouchareb, véritable métronome de l'œuvre. Indigènes est avant tout une histoire d'hommes. Il permet de rétablir la mémoire des tirailleurs qui se sont sacrifiés pour la France tout en étant un grand moment de cinéma. Bouleversant. Incontournable.
Aede
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le 30 juil. 2010

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