Le chat de Schrödinger...?
Llewyn Davis (nom difficilement prononçable) est un chanteur / compositeur de folk.
Llewyn Davis est aussi un film des frères Coen, ceux qui depuis quelques années (depuis toujours?) nous offrent des comédies mi-douces / mi-amères / mi-absurdes.
Dans ce cas, Llewyn Davis n'a rien réussi (selon le point de vue que l'on a) dans la vie. Chanteur raté, dormant sur des "putain" (oui il y a pas mal de fuck dans le film) de canapés selon le hasard de la providence du soir / de la patience (qu'il reste) des gens qui l'entourent tout en essayant de donner un sens à sa vie de chanteur folk. (le personnage réel étant très inspiré de Dave Van Ronk: http://youtu.be/754sRFIHIrA ).
Mais Llewyn Davis est un "asshole" comme le dit Jean interprétée par la de plus en plus douée, Carrey Mulligan déjà vue dans Shame avec Michael Fassebender, il ne tente pas. Ou plutôt il est obligé de tout gâcher, tout ce qu'il touche.
C'est un peu l'opposé de cet autre personnage des frères Coen, Larry dans "A serious Man", qui n'ayant rien fait de mal, se demandait pourquoi tout lui tombait dessus.
Ici, avec Llewyn Davis, on ne peut s'empêcher d'avoir une certaine affection ou mépris (?) selon le degré que l'on a pour ce personnage un peu perdu / ayant fait que sa situation soit ce qu'elle est, toujours à courir après quelques dollars pour payer un café, un déplacement, ou quelques habits à se mettre en plein hiver.
Une absurdité de vie qui ne mène finalement à rien ou à si peu.
On a d'ailleurs souvent envie de lui dire, et c'est ce qui fait souvent rire (cyniquement) tout au long du film: "Bien tenté...mais essaie encore. C'est pas encore pour maintenant".
Car c'est les tentatives ratées qui feront peut-être quelque chose de lui demain.
Ou pas du tout.
Peut-être qu'il y a juste un mur de déprime / de coups d'épée dans l'eau / de copines qui ne veulent plus le voir ou qui le haïssent (à raison?).
Peut-être que voilà, on peut le plaindre que sa vie soit plus la même depuis que son collègue de duo de folk n'est plus là, peut-être qu'on peut envisager tout ça oui.
Mais ce serait finalement tenter de trouver une raison justifiable à l'injustifiable.
Chercher un sens qu'on se cherche en tant qu'être limités par la portée du temps - relatif - que l'on a de son existence.
Peut-être que tout ça n'a pas plus de sens qu'on veut tenter de lui donner ou de croire.
Comme les paroles des chansons qu'il chante....qu'ils chantent dans le film.
Et c'est en gros à la théorie de Schrödinger presque qu'on peut référencer le film:
"Est-ce que le chat dans la boîte - ici la scène terrible et terriblement triste" de l'accident de l'autoroute - est mort / va mourir / ou va survivre?
Et c'est un peu dans ce regard d'animal roux - mais était-ce vraiment le même chat? - qu'on trouvera l'utilité et les réponses aux questions que Llweyn se pose.
Ou qu'il ne se pose pas.
Qu'il mette sa conscience de côté et avance, parce qu'on doit avancer peu importe ce qui arrive. Qu'on s'en fiche pas mais que se lamenter ne sert à rien. Et que être heureux pour être heureux non plus.
Rester placide, morne, gris et sans raison.
Peut-être que cette critique cherche des choses et des significations là où il n'y en a pas.
C'est peut-être le sens du film...
Quel est le sens de tout ça?
À chacun de se faire sa propre idée par rapport à ses convictions sans doute...une chose est sûre, la photographie est comme à leur habitudes brillante et superbe: filtres gris / bleus / bruns comme dans un rêve sans fin et sans but, cadrages magnifiques, bande-son au diapason, bref, techniquement c'est parfait, très carré, très propre.
Brillant mais en même temps agaçant.
Intelligent...mais peut-être trop également.
Llweyn Davis est un film problématique.
Ce film ne se vendra pas "il n'est pas dans l'air du temps".