Insomnia, réalisé par Christopher Nolan, est un thriller policier étouffant qui transforme une enquête criminelle en véritable descente psychologique.
Ce qui me frappe avant tout, c’est la richesse de la narration : l’enquête progresse en même temps que l’affrontement intérieur de Dormer, rongé par la culpabilité, la fatigue et le doute, jusqu’à remettre en question les causes du décès de Hap. Christopher Nolan est clairement dans son élément, jouant avec le temps et la perception grâce à cette ville perpétuellement baignée de lumière. L’absence de nuit désoriente autant le spectateur que le protagoniste, et seules les indications de Finch — pourtant antagoniste — rappellent l’écoulement du temps, renforçant l’idée d’un héros perdu dans un état de veille permanente. Le film brouille habilement les rôles : le policier est-il réellement auteur d'un homicide involontaire ? Le tueur est-il conscient de ses actes?
Cette ambiguïté est sublimée par Al Pacino, impérial, qui incarne Dormer avec une fatigue morale presque palpable. Face à lui, Robin Williams surprend dans un contre-emploi glaçant, tout en retenue, bien loin de ses rôles habituels.
Je reste plus réservé sur le personnage écris pour Hilary Swank : Ellie apparaît parfois trop schématique, dans une figure de jeune flic lucide écrite un peu à la va-vite.
Malgré ce bémol, je conseillerais vivement Insomnia, un film tendu et troublant, qui installe un malaise persistant et laisse une impression d’épuisement moral.