On peut ne pas aimer certaines scènes, ces ralentis durs de mains arrachées, de corps pris en pleine course— qui sont effectivement très dérangeants — mais toujours à défendre l'œuvre dans son ensemble est une splendeur.
Le cinéma historique polonais se résumait trop souvent à une mise en scène du martyre, mêlant tragédie et héroïsme sublime ; nous étions donc habitués à une certaine structure narrative.
C'est sans doute ce qui rend le film de Komasa différent : il dépeint l'insurrection à travers la sensibilité de la jeunesse, plutôt que comme un mythe de la « Grande Histoire ».
Certes, le jeu, chaque matin en quittant l’appartement, d’où le regardent sa mère et son petit frère qui attendent ce one man show d’une minute pour dire au-revoir peut sembler incongru dans le contexte de la guerre, mais deux points, ce moment est d’une grâce d’une démonstration d’amour mère/fils comme rarement vue et on oublie trop souvent que l'insurrection de Varsovie fut celle d'enfants, d'adolescents et de jeunes adultes - ce qui constitue, en soi, la plus grande tragédie de cet événement.
C'est pourquoi je défends ce film passé très inaperçu chez nous :voir ces jeunes pétris d'idéaux et d'audace, tout en étant traversés par le doute. Ils aspiraient à la liberté, à la vie, à l'amour et au jeu. Et c'est ce que le film parvient à transmettre. Le résultat peut parfois paraître gênant, certes, mais il apporte une nouveauté indéniable au genre des films de guerre.
Par ailleurs, je trouve que Komasa a fait preuve d'une grande audace en faisant de son protagoniste un garçon imparfait, qui évolue au fil du récit et se retrouve tiraillé par des émotions contradictoires.
Un très grand film – son défaut, ici, ne pas être l’œuvre d’un français.