En plus d'être un documentaire sur la construction d'un barrage sur le Dniepr, documentaire d'une maîtrise visuelle remarquable, Ivan, plus encore sans doute, est un documentaire sur la dialectique en cours dans les premières années du socialisme. Dovjenko prête le flanc d'ailleurs à cette idéologie de la conspiration (intérieure ou non) mais heureusement Dovjenko n'a pas oublié de filmer ces 'ennemis' et étrangement ce sont les personnages les plus sympathiques, qu'ils soient tire-au-flanc ou vieux noceurs. Les meilleurs moments du film - hormis les séquences documentaires - sont d'ailleurs ceux qui les mettent en scène (caisse noire, poursuite au haut parleur). Scènes de cauchemar? Peut-être pas, il est d'ailleurs bien difficile aujourd'hui de comprendre parfois non seulement la marche du film, sa logique (ce qui le rend très intrigant). Cependant ce ton posé, cette direction très stylisée et un burlesque très particulier donnent à Ivan un intérêt dont le personnage du même nom, il faut bien l'avouer, est totalement dénué. Restent des moments de poésie très impressionnants, premières images du fleuve ou construction nocturne du barrage qui éclaire un personnage de quatre manières différentes dans une petite leçon de psychologie de l'éclairage.