Réalisateur du très reconnu No de 2013, le chilien Pablo Larraín revient avec un projet attendu porté en rôle-titre par Natalie Portman. Un film ambitieux pour elle mais aussi pour lui, une porte ouverte vers Hollywood.


Produit par Darren Aronofsky, le film se concentre sur les jours de Jacqueline « Jackie » Kennedy qui ont suivi la mort tragique et violente de son mari et président des Etats-Unis John Fitzgerald Kennedy. En parallèle à ces journées sombres, nous assistons à une entrevue de la première dame avec un journaliste. Ce traumatisme est évidemment notre principal sujet d’attention et comment elle devait gérer – aussi vite – l’après. L’après protocolaire et surtout l’après intime. Jackie occupe ainsi l’écran dans des épisodes de vie décousues aussi marquants que l'évènement traumatisant auquel elle a assisté.


Le long-métrage malgré son sujet douloureux plaît grâce à une belle musique symphonique à l’hollywoodienne. Toutefois, les scènes peuvent paraître plus longues rendant le film plus interminable qu’il n’est réellement. D’un jeu retenu jusqu’à une certaine froideur, tous les acteurs en restent tout de même convaincants.


Concernant ses plans, le choix de Larraín s’oppose à cette musique avec un cadre un peu plus naïf et une manière de filmer moins posée. Une maladresse qui coïncide avec l’urgence et la panique suite à l’évènement. Les esprits s’embrasent. L’opinion publique, laissée orpheline, perd sa lumière, tout comme Jackie. D’un coup, tout va vite pour le bien du gouvernement et des citoyens en introduisant un nouveau président quelques heures après le décès de JFK.


Pour donner plus d’authenticité, Larraín joue intelligemment en variant les pellicules, les grains. Il n’hésite pas à varier les origines de ses images : ainsi s’entrecroisent images d’archive, reconstitution d’archive et bien sûr reconstitution historique. La mise en scène est bonne et met en lumière brillamment la solitude dans laquelle tombe soudainement Jackie.


Ici, la fameuse Jackie est une femme perdue, s’abandonnant à une sorte de folie. Nous découvrons qu’il s’agit d’une personnalité bien plus ambiguë qu’il n’y paraît. Elle est coincée entre une quête aveuglante de l’opulence pour son défunt mari et son pathétisme latent. Le film est très fort d’un point de vue thématique car il dépasse son histoire digne d’un biopic convenu. Celui-ci traite universellement de la solitude mais aborde également la démarcation entre vie privée et vie publique dans une époque à une communication de masse prospère.


Pablo Larraín nous offre une réflexion intéressante sur le fait de tourner la page, de ce que nous sommes avec une personne. Et ce que la disparition peut laisser dans notre image sociale et surtout dans notre vie personnelle.

Irénée_B__Markovic
7

Créée

le 8 nov. 2016

Critique lue 765 fois

Ikarovic

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