Support: 4K Bluray UltraHD
Sans doute le plus mésestimé des films de Tarantino, Jackie Brown n’en reste pas moins un excellent cru qui pâtit surtout d’une relative sagesse par rapport au reste du corpus du bonhomme. Et pour cause, il s’agit de son unique projet qui ne soit pas issu d’un scénario original, adaptant ici un livre d’Elmore Leonard. L’anecdote veut d’ailleurs que le cinéaste se soit fait prendre la main dans le sac à ses 15 ans pour avoir volé un livre de l’auteur, comme une sorte de prédestination qui se conclura par le sacre de Jackie Brown par le romancier, le qualifiant de meilleure adaptation existante de sa bibliographie.
Il faut d’emblée reconnaître l’iconisation instantanée de Jackie, traversant l’aéroport à contre-courant de la foule dans l’intro, refusant d’être tenue dans l’ombre lorsqu’elle se confronte à Samuel L. Jackson avec un flingue castrateur, et jouant sur tous les tableaux pour se hisser au-dessus de la masse. Elle n’est qu’une silhouette lorsque Max la voit sortir du poste de police, mais déjà il est transi, la magnifiant par son regard. Jackie est badass, Jackie est splendide, Jackie est reine.
Mais c’est une reine vieillissante motivée par une introspection sur là où les choix d’une vie bien entamée l’ont amenée. Tout comme son valentin de Max. Ces personnages sont confrontés à leur âge, et se questionnent sur leur stagnation. Un cœur thématique reflété dans l’emploi d’acteurs normalement considérés comme dépassés, Pam Grier et Robert Forster étant en 1997 relégués au statut de reliques dont seuls se souviennent quelques aficionados alla QT, dont l’érudition cinéphilique vient également convoquer la blaxploitation sans toutefois verser pleinement dedans.
Jackie Brown, c’est ce grand jeu de chassé-croisé qui convie les caractères tonitruant habituels du cinéaste, avec un Sam Jackson formidable en ambassadeur Kangol, un Keaton moins cool qu’il ne se croit, et un Robert Demi-Mot psychopathique qui redécouvre le monde à sa sortie de prison, hagard et stone, mais toujours aussi prompt à la violence dès lors qu’il est sensoriellement dépassé, en dangereux imbécile qu’il est, lui aussi vieillissant.
Et tout ça sur une bande-son aux petits oignons, sans surprise.
Différent donc, mais pas moins excitant pour autant.