Réalisateur prolifique, anthropologue de profession ( et de foi ! ) Jean Rouch tourne Jaguar dans le courant des années 50, poursuivant sa quête d'un certain cinéma-vérité tant vanté par ses pairs de la Nouvelle Vague... C'est l'heure d'un Art de la modernité où l'on transporte un peu partout sa caméra, pour mieux capter en direct des paysages puis des visages tout en rendant pratiquement invisible les ressorts techniques.
Annonçant l'intrigant Petit à Petit ( apparemment tourné peu de temps après ) Jaguar illustre parfaitement cette énergie, cette urgence que Truffaut, Godard et consorts intégreront par la suite dans leurs films... Jean Rouch donne la parole à quatre Nigériens désireux d'atteindre l'Ouest affluent du Ghana, au point de rendre son film extrêmement bavard puis indigeste in fine... Le registre auto-dérisoire, jamais condescendant car toujours respectueux des sujets filmés rend pourtant ce docu-fictif très lourd, jusqu'à le desservir fâcheusement. La beauté initialement installée par les prises de vue, fruit d'un filmage chevronné de la part de Jean Rouch, nivelle cette étude ethnologique vers une qualité difficilement discutable, parvenant à dépayser le plus aventureux des spectateurs tout en nous immergeant pleinement au coeur du propos.
On préférera toutefois redécouvrir le très beau La Pyramide humaine, moins appuyé dans ses intentions et surtout plus intéressant dans son ambiguïté culturelle. Jaguar demeure un film non dénué de style ni d'intérêts mais très grossier dans sa tonalité, et proprement redondante dans le même mouvement. Dommage...