Je le jure est une belle petite réussite. Il s'agit de deux récits naturalistes entrelacés autour du thème du jugement. Au cœur de ce double récit se trouve Fabio, un gars un peu paumé, taiseux et passablement immature qui entretient une relation secrète et honteuse avec une femme de vingt ans son aînée. Tout bascule lorsque ledit Fabio se retrouve convoqué pour être juré d'assises dans une affaire criminelle. S'ensuit une immersion réaliste et juste dans l'univers de la justice de notre pays et surtout une réflexion profonde sur la manière de rendre justice. Doit-on juger un crime ou l'auteur d'un crime ? Doit-on faire justice ou punir un criminel ? Un acte répréhensible et meurtrier peut-il bénéficier de circonstances atténuantes en raison de la trajectoire biographique de son auteur ? Questions ô combien classiques mais ô combien fondamentales.
Le film parvient à nous plonger dans l'univers feutré et froid d'une Cour d'assise. On y découvre la théâtralité d'un procès, cette maïeutique imparfaite permettant de faire éclore une justice par essence imparfaite, surtout quand il y a mort d'homme. Combien d'années de prison valent le fait d'ôter une vie ? Il n'existe aucune réponse univoque car chaque situation est différente et les jurés doivent juger un accusé et non un crime, comme le répète à l'envi la Présidente (Marina Foïs). Surtout quand cet accusé est à la frontière de psychose et met en exergue l'indignité du traitement psychiatrique dans notre pays. Au cœur de ce dilemme moral se trouvent une poignée de citoyens lambda, tirés au sort d'un jury d'assise, ce dernier vestige d'une justice censée redonner la parole au peuple souverain. Sur le registre de la mise en scène judiciaire, le film est particulièrement instructif, passionnant même et les scènes admirablement exécutées, aussi bien dans l'enceinte du tribunal que dans les moments de discussion entre jurés. Louise Bourgoin et Marina Foïs exécutent à ce titre une très belle partition. Quant au jeune acteur amateur Souleymane Cissé, il réalise une superbe performance dans son rôle d'accusé.
L'autre facette du film, autrement dit, le retour à la vie normale de Fabio, est étonnamment touchante. On se trouve projeté dans l'univers social de la classe populaire mosellane faite de parties de chasses, de parties de billard et de camaraderie ouvrière et ... d'amours honteuses. La mise en scène est sobre et se tient à bonne distance des protagonistes. Cette peinture naturaliste sans jugement moral ni mépris de classe permet de montrer que n'importe quel citoyen est en mesure s'assumer une responsabilité citoyenne d'importance aussi capitale que celle de condamner un homme.
Reste que les deux récits semblent évoluer en parallèle et ont du mal à se rejoindre. Il en va tout particulièrement de la relation amoureuse de Fabio et de Marie qui s'insère difficilement dans le récit. Ce sera l'un des deux bémols de ce film, l'autre étant la composition taiseuse de Julien Enwein qui fait passer le personnage de Fabio au second plan.
Pour le reste, Je le jure est un très beau film qui donne matière à réfléchir.